LEÇONS SUR LES PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES ET LES ALTÉRATIONS PATHOLOGIQUES DES LIQUIDES DE L'ORGANISME II ^^yf OUVRAGES I)E M. CL. BERI»iARD CHEZ LES MÊMES LIBRAIRES. leçons de Physiologie expérimenlale appliquée à la médecine, faites au Collège de France. Paris, 1855-1856, 2 vol. in-8, avec figures interca- lées dans le texte 14 fr. Le tome II. Paris, 185G, in-S, avec figures 7 fr. Cours de médecine du Collège de France. Paris, 1857-1839, 5 vol. in-8, avec ligures intercalées dans le texte 35 fr. On peut se procurer séparément : Leçons sur les effets des Substances toxiques cl médicamenteuses, 1857, 1 vol. in-S, avec 32 figures intercalées dans le texte 7 fr. Leçons sur la physiologie et la pathologie du Système nerveux. 1838, 2 vol. iu-8, avec 80 figures intercalées dans le texte 14 fr. Leçons sur les proprie'te's physiologiques et les altérations pathologiques des différents Liquides de l'organisme. 1859, 2 vol. in-8, avec figures intercalées dans le texte 14 fr. TtZémoire sur le pancréas et sur le rôle du suc pancréatique dans les phénomènes digestifs, particulièrement dans la digestion des matières grasses neutres. Paris, 1856, iu-4 , avec 9 planches gravées, en partie coloriées 1 2 fr. Ij Pjiis. - liiii)iimeiie de L. MARTINET, lue Mignon, 2. COURS DE MÉDECINE DU COLLEGE DE FRANCE. LEÇONS sua r T LES PROPRIETES PHYSIOLOGÏOUES ET LES ALTÉRATIONS PATHOLOGIQUES DES LIQUIDES DE L'ORGANISME PAR M. €BaBB«!e BEKl^'AM®, MEMCHE DE L'iNSTITLT DE FRANCE, Professeur de médecine au Collège de France, Professeur de ptiysiologie générale à la raculle des sciences. Meml)ic des Socie'tesdcBiologir, Philoniatique de l'jiris, correspondant de l'Académie de médecine de Tuiin, des sciences rnedicul.'s ei .les sciences naliirclles de Lyon, Conslanlinople, Edimlioiu g, Slockholm, Franci'ort-siir-le-Mein, Munich, de Suisse, de Vienne, de Florence, eic, etc. Avec Ggures intercalées dans le texte TOME SECOND. 141 PARIS J.-B. BAILLIÉRE et FILS, LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE, Rue Hautefeuille, 19. Londres, New -York, UIPP. BAILIIÈRE , 219, HE^.E^T-STnEET. ( BIPP. BAILLIÈIIE , 290 , BROiDWAî. SIADniD, C. BAILLT-BAILLIÊHE, GALLE UHL PHI^CIPE, H. M DCCC LIX t'ail'eui et Ki cditc: rs s^- rctcivci l le diuit Je UaduLtiun, ^i€31 ""'^ LEÇONS SUR LES PROPRIETES PHYSIOLOGIQUES ET LES ALTÉRATIONS PATHOLOGIQUES DES DIFFÉRENTS LIQUIDES DE L'ORGANISME PREMIERE LEÇON. 21 AVRIL 1858. SOMMAIRE : Liquides sécrétés et liquides excrétés. — Urine. — Importance médicale de son étude. — L'urine est-elle un produit de sécrétion ou d'excrétion ? — Variations de composition de l'urine. — Influence de l'état d'abstinence ou de digestion sur la constitution de l'urine. — Urines de la digestion chez les herbivores et chez les carnivores. — Actions chimiques qui s'accomplissent dans le rein. c — Urine nori'aale : urine de l'abstinence. — De Thypoibèse d'une communication directe entre le rein et l'estomac. — Héaclion de O l'urine sous l'influence de l'alimentation. — Expériences, o a* Messieurs, ce a_ •< CM Nous avons fait précéder l'étude des liquides de l'éco- iiomie de quelques recherches sur le sang ; c'était un préliminaire nécessaire, parce que autour du sang se groupent tous les liquides organiques : ils y vont ou en viennent. Tandis que certains d'entre eux sont aban- donnés comme détritus devenus inutiles, d'autres pré- B. LlQUID. DE L'OKGAN. — H. "^-jT» * ^ LIQUIDES ORGANIQUES. "parenUa répnération du sang par l'introduction do matériaux nouveaux; ces derniers renouvellent le sang, les premiers le purifient en le débarrassant des élé- ments qui doivent être rejetés au dehors. C'est d'après cette considération qu'on a été conduit à diviser les liquides organiques en deux grandes classes : les liquides sécrétés et les liquides excrétés. Les sécrétions concourent à régénérer le sang : beaucoup se versent à l'extérieur, mais loin d'être éliminées, elles sont utilisées dans la série d'actions chimiques qui font pénétrer dans le sang la partie nutritive des matériaux venus du dehors. Quant aux excrétions, elles éliminent purement et simplement des liquides qui sortent du sang et n'ont plus aucun rôle physiologique à remplir. Cette distinction des liquides d'après leur destination fonc- tionnelle est physiologique et commode pour l'étude : nous la conserverons, sans garder pour cela aucun ordre systématique dans l'étude des liquides considérés en particuher. Il faut se rappeler que ces liquides, dont l'existence est liée à l'accomplissement d'un cercle d'ac- tions toujours les mêuies. ne sauraient varier isolément; ils sont tous solidaires quant à leur constitution. Nous commencerons par un liquide excrété très intéressant, je veux parler de l'urine. L'urine est le liquide excrété par excellence; elle n'a plus aucun rôle physiologique à remplir. Cette expulsion caractéris('^e par son produit est un acte très général, et qu'on retrouve dans toute la série animale, tantôt sous une forme et tantôt sous une autre : lic[uide chez les mammifères, l'urine se retrouve chez les ophidiens sous. URINE. . iV ;/;3. forme solide, mais toujours caractérisée par une com- position qui lui est propre. De tout temps on a dans la pratique médicale attaché une grande valeur diagnostique aux signes fournis par Texamen des urines, signes qui sont quelquefois con- sultés à l'exclusion de tous les autres : vous avez certai- nement entendu parler des médecins des urines. Cela ne doit pas surprendre, lorsqu'on réfléchit que l'urine représente en quelque sorte le détritus résultant des phénomènes chimiques intimes qui s'accomplissent dans l'organisme. Il est aussi naturel de jugf.'r par sa consti- tution de la nature des phénomènes nutritifs qu'il le serait de juger de ce qui se passe dans un fourneau par la nature des produits que laisse échapper sa che- minée. Les études chimiques modernes n'ont rien retranché de Timportance qu'on avait autrefois attri- bué à la composition, à la couleur, à la densité, etc., de l'urine. Ce liquide présente, comme disait Fourcroy, la lessive du corps : il a tout traversé et emporte les substances de toutes provenances qui doivent être ex- pulsées de l'organisme. D'après ces idées, l'urine étant considérée comme un produit purement excrémentitiel, il était naturel de considérer le rein comme un organe passif, comme un filtre qui laisse passer les matériaux qui le traversent, sans les former. Cette idée est en effet celle qui a prévalu; nous l'examinerons et rechercherons jusqu'à quel point on peut admettre d'une manière absolue que le rein ne crée rien, et ne fait que filtrer. Les organes sécréteurs au contraire, outre les substances qu'ils séparent simplement du sang, offrent toujours Il LIQUinnS OPiGAMQUES, des produits spéciaux caractéristiques de leur activité fonctionnelle. C'est à l'occasion de l'urée et de Tacide urique, qui existent constamment dans l'urine, que la question d'excrétion a été surtout agitée. Ces produits étaient-ils formés dans le rein ou existaient-ils préalablement dans le sang ? Les expériences, portant presque toutes sur la question ainsi posée, ont prouvé que Turée est produite dans le sang et que le rein ne fait que l'éliminer. On avait en effet constaté la présence de l'urée dans le sang d'un animal auquel on avait extirpé les reins. On ne saurait objecter que l'opération constitue une condition anormale qui pouvait enlever à l'expérience une partie de sa valeur; aujourd'hui que des procédés d'analyse plus délicats permettent de constater dans un liquide la présence d'une quantité d'urée très minime, on a pu la constater dans le sang d'animaux qui avaient encore leurs reins. îl en est de même de quelques autres éléments de l'urine. On admet donc aujourd'hui que le rein est un filtre, un organe purement excréteur. Il en résulte que dans l'expérimentation on ne recherche plus aujourd'hui que le rôle mécanique du rein. Quelques observa- teurs, en tète desquels doit être cité Ludwig, ont, recherchant l'influence qu'exercent sur la filtration uri- naire certaines conditions physiques, dit que cette influence est bien différente de celle que les mêmes conditions exercent sur les sécrétions proprement dites. Ludwig a vu que l'excrétion de l'urine suit d'une ma- nière très remarquable les variations de la pression du URINK. 5 sang artériel, tandis que ces variations resteraient sans influence sur les sécrétions. Ces études montreraient donc que le rein est autre qu'un organe sécréteur; Fanatomie semblerait d'ailleurs être d'accord avec cette conclusion. Il est pourtant des arguments à faire valoir à l'appui de l'autre opinion ; c'est sur ces arguments, et sur le double rôle qu'ils porteraient à attribuer au rein, que je veux appeler un instant votre attention. Certains produits qui se rencontrent dansl'urine sont, il est vrai, éliminés sans avoir subi aucune altération : l'urée et l'acide urique sont dans ce cas; il en est de même du cyanoferrure jaune de potassium introduit dans les voies digestives. Dans d'autres cas, au contraire, les substances se modifient en traversant le rein ou les voies urin aires. Mais disons d'abord qu'à l'état physiologique, la sécrétion urinaire varie à chaque instant dans ses caractères. Il en est de même dans les circonstances pathologiques. Où faut -il chercher la source de ces changements? Est-ce dans le sang ou dans le rein? A cet égard, il y a lieu de distinguer deux ordres de phénomènes : la séparation de l'urine et son expulsion. Là se trouvent des différences. Prouvons d'abord par quelques exemples que la com- position de l'urine est essentiellement mobile suivant des circonstances très variées. Suivant l'état delà digestion, les urines peuvent être claires ou troubles, chargées ou non de carbonates, acides ou alcalines. Or, il est impos- sible d'admettre que, lorsque l'urine renferme un dépôt terreux, sa précipitation se soit effectuée dans le sang. 6 LIQUIDES ORGANIQUES. 11 faut que le phénomène chimique qui a donné lieu à cette précipitation se soit produit hors des voies circulatoires, dans les voies urinaires. Toutes les sub- stances qui fournissent la matière de ces sédiments proviennent généralement des aliments, mais elles ont dû traverser le sang avant d'être éliminées par les urines; il est donc nécessaire pour cela qu'elles aient été à l'état liquide avant de se retrouver à l'état solide, soit dans les reins, soit dans la vessie. Chez l'animal herbivore à jeun, les produits de l'urine changent parce que l'animal se nourrit alors de sa propre substance et devient Carnivore ; les urines ne contiennent plus alors autant de carbonate de chaux. On conçoit donc que les propriétés chimiques de l'urine, pouvant varier d'un instant à l'autre, produisent cette succession d'urines de qualités diverses, et amènent dans les voies urinaires, où elles se réunissent, des réactions, des combinaisons chimiques qui alors ont lieu en réalité hors de l'or- ganisme. C'est à l'ensemble des phénomènes qui se passent ainsi qu'il faut attribuer la formation et l'ac- croissement des calculs, etc. Mais les urines peuvent encore éprouver des modi- fications qui se pussent dans le rein lui-même. Parmi le très grand nombre de substances qui sont éliminées par le rein, les unes, telles que le prussiate jaune de potasse, sont éliminées sans avoir subi aucune modification; d'autres se trouvent au contraire modi- fiées. C'est ainsi que le prussiate rouge de potasse, injecté dans les voies circulatoires, se retrouve dans les URINE. 7 urines à l'état de prussiate jaune; que l'acide [Jen- zoïque se retrouve transformé en acide hippurique. J'ai vu, il y a déjà quelques années, que certains sels peuvent se modifier et arriver dans les urines dans un état aiitre que celui dans lequel ils avaient été ingérés : les sels de fer sont dans ce cas. Normalement, les pré- parations ferrugineuses ne passent pas dans les urines; toutefois elles peuvent être éliminées par celte voie lorsqu'elles ont été portées directement dans le sang; mais elles ne le sont pas sans avoir subi d'impor- tantes modifications : tous les sels de peroxyde sont désoxydés et se retrouvent dans F urine à l'état de sels de protoxyde. Où se sont opérées toutes les modifications pré- cédemiïient signalées ? L'expérience montre pour plusieurs d'entre elles que c'est dans le rein lui- même. L'urine emprunte encore ses caractères particuliers à d'autres influences très manifestes, mais dont le mode d'action est inconnu. Ainsi l'essence de térébenthine, qu'elle soit absorbée par la surface stomacale ou par la surface pulmonaire, communique à l'urine une oïïéù'r dé violette très prononcée. Il en est de même d'autres substances, des asperges, par exemple, qui communiquent à l'urine une odeur excessivement (îésagréable. Faut-il admettre que ces substances, une fois entrées dans la circulation veineuse, sont modi- fiées à leur passage da'ns le foie, dans le poumon? — Noù, messieurs, puisque ces effets se produisent lorsque Tés substances dont je viens de vous signaler l'action 8 LIQUIDES ORGANIQUES. ont été introduites dans le tissu cellulaire, aussi bien que lorsqu'elles ont été introduites dans l'estomac. La réaction dont nous jugeons par ses effets ne peut donc s'être accomplie que dans le sang ou dans le rein. Tout porte à penser que c'est dans le rein. En effet, on a vu que ces phénomènes n'ont pas lieu dans la néphrite albumineuse (maladie de Bright). Il y a donc, dans l'étude des modifications de l'urine, à tenir compte de conditions extrêmement variées. Dans le passage des produits de décomposition tirés du sang et qui constituent l'urine, le rein peut inter- venir pour modifier certains corps qui sont expulsés sous un état autre que celui dans lequel ils existaient dans le sang. Le rein ne doit donc pas être considéré comme un filtre d'une manière absolue; il faut tenir compte de l'action propre qu'il exerce sur les produits qui le traversent, action très intéressante au point de vue du diagnostic de trois sièges de maladies : état pa- thologique du sang, du rein, des voies urinaires. Dans les cas, par exemple, où l'urine contient de l'albu- mine, du pus, des calculs, etc., il y a généralement des altérations d'origines diverses. La composition de l'urine devra donc être étudiée avec ces différents points de vue; les analyses chimiques ne sauraient nous conduire à aucune conclusion utile, si elles étaient faites sans ([u'on se préoccupât de toutes les causes organiques ou physiologiques qui peuvent agir sur la constitution de ce liquide. Nous devrons commencer par l'étude de l'urine phy- siologique ; il est indispensable d'établir la composition LUINE. 9 do ce liquide dans des conditions données comme normales. Si les renseignements qu'a fournis l'analyse chimique sont encore si obscurs, cela tient moins à l'insuffisance du procédé qu'à ce qu'on a trop négliajé les conditions physiologiques et qu'on s'est ainsi privé d'un terme de comparaison auquel on pût rapporter les résultats obtenus, pour en saisir la signifi- cation . Quel sera maintenant ce point de départ, cette va- riété normale qu^oïrprend^i\a"conTme~ urme type. Ici, messieurs, nous n'avons pas la ressource de déclarer urine physiologique toute urine fournie par un animal bien portant; la condition de santé serait tout à fait insuffisante et pourrait répondre à des variétés très diverses du liquide urinaire. Nous ne trouvons qu'un moyen d'avoir des urines comparables à elles-mêmes, soit chez le même animal, soit chez des animaux diffé- rents. Ce sont les urines de l'abstinence, qui ne peuvent plus être influencées par les conditions de l'alimentation. Dans cette situation, carnivores, herbivores, omnivores, ne se distinguent plus les uns des autres : leur urine offre autant que possible les mêmes caractères. C'est donc do ce type primitif que nous partirons poursuivre les modifications qu'y surajoutent les diverses condi- tions physiologiques ou pathologiques et pour chercher la loi de ces phénomènes. ,-. ^^^y.^^ > ,,(>t| , Soumis à labslinence , un chien adulte peut vivre vingt jours environ, un cheval autant, un lapin de huit à douze jours. Pendant les premiers jours, l'animal se nour^t de ses propres tissus, et aux dépens du sang; 10 LIQUIDES ORGANIQUES. ce qui lui constitue une nourriture aussi exactement comparalDle qu'il est possible. L'examen de cette urine nous montre immédiatement une simplification très grande. Les variations que présentent d'ordinaire les urînês~clés mammifères, carnivores, herbivores, omni- vores :Tiïrine du sommeil, de la digestion, etc., ont disparu. Une foule de produits, au nombre desquels on doit compter les acides urique et hippurique, ne se retrouvent bientôt plus dans cette urine de l'abstinence; un seul produit y demeure constamment en proportion notable, c'est l'urée. On peut dire d'une manière générale que, chez les mammifères et dans ces conditions, l'urine est une dis- solution d'urée, dissolution acide, concentrée, au point que chez des chevaux à jeun depuis sept ou huit jours, j'ai vu l'urée cristalliser spontanément en longues ai- guilles par le refroidissement de l'urine. Le professeur Schmidt (de Dorpat) a fait la môme observation sur les urines de carnivores. Une des causes importantes de variations du liquide urinaire est donc l'alimentation. C'est par elle que nous commencerons l'étude des modifications physiologiques et pathologiques de l'urine; mais je désire auparavant vous soumettre une question préalable sur laquelle on n'est pas encore complétenient d'accord. Lorsque, partant de ce type normal de cette urine de Fabstinence, nous aurons à suivre et à expliquer les modifications qu'elle subit dans sa composition, nous devrons rechercher comment ces changements peuvent s'opérer et quelle est la voie par laquelle divers matériaux URINE. 11 arrivent dans l'urine. Examinant le rein à ce point de vue, nous le voyons parcouru par des vaisseaux de trois ordres : des artères, des veines et des vaisseaux lympha- tiques; de plus il est l'origine de conduits excréteurs. Nous trouvons là tous les éléments qui entrent dans la constitution d'un organe sécréteur ou excréteur : ca- naux afférents et efférents; puis des nerfs qui apportent l'excitation au système. Cela posé, quand arrivera une modification dans la constitution de l'urine, par où serait-elle venue? par tous les vaisseaux ou par ceux d'un seul ordre? On admettait autrefois que les substances ingérées dans l'estomac pouvaient arriver dans le rein par une autre voie que celle du sang. On le croyait, en raison de la difficulté qu'on éprouvait à expliquer certains faits relatifs à la rapidité avec laquelle certaines sub- stances introduites dans le canal alimentaire passent^ dans les urines. L'observation pathologique montrait, d'autre part, que dans des maladies du rein cer- tains éléments de l'urine pouvaient passer dans les voies digestives et y provoquer des désordres considé- rables; enfin, on était arrivé à déclarer qu'il était impossible qu'une substance qui, introduite dans l'esto- mac, se retrouvait quelques secondes après dans l'urine, y fût parvenue par les voies ordinaires de la circulation : veine porte, veine cave, cœur droit, poumon, cœur gauche, aorte, artère rénale. Pour expliquer alors ce passage si prompt, on admit qu'une communication directe devait exister entre l'estomac et les reins. Le fait delà rapidité du passage des substances dansl'urine 12 LIQUIDES ORGANIQUES. ne pouvait être repoussé : des observations faites sur des malades atteints d'extropliie de vessie montraient qu'au bout de deux ou trois minutes des substances ingérées dans l'estomac se trouvaient quelquefois dans l'urine; mais la conséquence qu'on en tirait n'avait rien d'absolument nécessaire. Cette question est aujourd'hui jugée : il n'existe pas de communication directe entre l'estomac et les reins; la sécrétion rénale ne peut être miodifîée que par la circulation sanguine. Une expérience avait encore conduit à admettre une communication cachée entre l'estomac et le rein. Cette expérience consistait à examiner comparativement le sang et l'urine d'un animal qui avait reçu dans l'esto- mac du prussiate jaune de potasse ou quelque autre substance passant facilement dans les urines. Quelques minutes après Fingestion du réactif, on en retrouvait dans le rein, tandis qu'une saignée faite à ce moment à la veine jugulaire ne permettait pas d'en constater l'existence dans le sang. Or, le résultat négatif de l'examen de la saignée tient uniquement à ce que la quantité de la substance ingérée y est trop faible pour que sa présence puisse être constatée. J'ai trouvé un moyen de mettre en évidence le prussiate de potasse (jui, placé dans l'estomac, a passé dans le sang veineux : ce moyen consiste à constater sa présence par une réac- tion lente, qui, opérant sur de plus grandes quantités, donnera des résultats facilement perceptibles. On sait que le prussiate de potasse est facilement reconnais- sable par la réaction qu'il donne avec les sels de fer; or quand la solution est placée dans le tissu cellulaire, les sels URINE. 13 de fer n'y sont pas sensiblement absorbés. Nous avons donc, chez un lapin, placé du lactate de fer sous la peau de la cuisse en même temps que du prussiate de potasse était injecté, soit dans l'estomac, soit dans le tissu cellulaire de la nuque. Ce dernier sel était seul absorbé, et bientôt il y avait formation de bleu de Prusse là où avait été déposé le sel de fer. Le prussiate de potasse, soit qu'on l'eût déposé dans le tissu cellulaire, soit qu'on l'eût ingéré dans l'estomac, était donc absorbé par les voies ordinaires et circulait dans le sang. C'est ce que nous avons constaté encore en injectant du prussiate de po- tasse dans l'estomac d'un lapin qui avait du lactate de fer sous la peau de la nuque : le sel de fer devint bleu, bien que le sang de la veine jugulaire ne donnât pas la réaction caractéristique du prussiate de potasse. Une expérience d'une autre nature peut encore servir à montrer la non-existence d'une communication directe entre l'estomac et le rein. En effet, si l'on pose une ligature sur l'artère rénale, les substances intro- duites dans l'estomac ne sont plus éliminées par le rein. Toutes les substances qui sont éliminées par le rein semblent donc arriver à cet organe par le sang artériel. \ Relativement à la quantité de matière qui est éliminée ) pendant que le sang traverse le rein, nous devons noter j seulement que tout ce qui doit être éliminé ne l'est pas ordinairement dans un seul passage; il faut, pour que l'élimination soit complète, que le sang traverse le rein plusieurs fois. En résumé, nous admettons que toujours les sub- stances qu'élimine le rein lui arrivent par l'artère ik URINE. rénale, et nous rejetons comme tout à fait gratuite l'hypothèse qui confie cette élimination à des voies ca- chées, qu'aucun anatomiste n'a jamais vues. Toutefois nous aurons à voir plus tard si la circulation veineuse du rein ne peut pas aussi avoir quelque influence sur la formation de l'urine. Examinons actuellement l'in- fluence de l'alimentation sur les qualités de l'urine. Chez les herbivores et chez les carnivores, l'urine présente des différences sensibles ; mais ces différences tiennent, non à l'espèce des animaux, mais à la nature de leur alimentation. Ce fait avait été déjà noté par MM. Magendie et Chevreul. J ai renverse la réaction habituelle des urines en soumettant un chien à un régime végétal non azoté, et un lapin au régime de la viande. J'ai répété souvent ces expériences, et j'ai re- connu ensuite qu'à jeun ces animaux avaient les mêmes urines. Quel rapport y a-t-il entre ces varia- tions de l'urine et les variations des phénomènes diges- tifs? — C'est ce que nous allons examiner actuellement, en nous bornant pour le moment à un seul des caractères de l'urine : sa réaction.. La réaction acide de l'urine est en rapport avec une alimentation azotée. C'est pour cette raison que les animaux à jeun ont Turine acide, parce que vivant de leur propre substance, ils se trouvent à un régime azoté. Peu importe que les matières azotées soient d'origine animale ou végétale; c'est à leur composition élémen- taire que se rattache la réaction. Voici trois lapins qui, nourris différemment, nous offriront des urines qui ne se ressemblent pas. Chez SA RÉACTION. 15 le premier, l'urine est jaunâtre, trouble et alcaline. Ce sont les caractères les plus fréquents de l'urine de ces animaux. Chezle second, elleestmoinstrouble, brunâtre, et sensiblement neutre. Enfin, chez le troisième, qui est resté à jeun depuis quelque temps, Furine est claire, citrine, et très acide. Il nous manque encore, dans cette variété, l'urine rendue acide par l'alimentation azotée. On a préparé l'expérience en donnant à l'animal de l'avoine où prédominent les principes azotés. Nous verrons plus tard qu'il y a un rapport à établir entre ces variations de réaction de l'urine et les varia- tions de réaction de l'intestin grêle. Les fonctions du foie, la respiration, peuvent avoir encore, avec la réaction de l'urine, des rapports que nous étudierons plus tard. Partant de l'état sous lequel se présente l'urine de l'abstinence, nous devions examiner les modifications qu'y apportent les phénomènes physiologiques dont l'intestin est le siège. Nous avons signalé quelques-uns des caractères que pouvaient donner à l'urine les actes digestifs; nous nous arrêterons maintenantsur les rapports qui existent entre les états de l'urine et les conditions physiologiques auxquelles ils répondent. A jeun, nous savons que chez tous Jes janimaux les urines sont acides. Sous l'influence de certaines conditions physiologiques, elles peuvent présenter au contraire une réaction alcaline; quant aux conditions qui déterminent cette dernière réaction, elles peuvent présenter des phénomènes variés, parce qu'il est pos- sible d'observer toutes les réactions intermédiaires entre l'acidité et Talcalinité très prononcées. 16 URINE. Vous savez qu'au point de vue de la digestion, les urines d'herbivores et de carnivores diffèrent, non par l'animal, mais par l'aliment: voici l'urine d'un lapin nourri d'avoine; elle est acide, ce qui tient à la grande quantité de gluten que contient l'avoine. Cette autre urine, prise sur un lapin nourri de carottes, est alcaline. L'alimentation non azotée entraîne l'alcalinité; l'ali- mentation azotée produit l'acidité; si l'animal à jeun a les urines acides, cela tient à ce qu'il vit de sa propre substance, et est ainsi Carnivore quand môme. On a fait autrefois à ce sujet des expériences qui avaient fait révoquer en doute la complète exactitude des propositions que je viens de formuler. On croyait avoir prouvé que Talimentation féculente n'est pas une cause d'alcalinité de l'urine, parce qu'un homme ayant pris 60 ou 80 grammes de fécule, trouva néanmoins son urine acide. Le fait est exact, mais ne prouve rien. Lorsqu'au lieu d'être à jeun, un animal est soumis à une alimentation insuffisante, il vit à la fois aux dépens ^ de sa propre substance et aux dépens des aliments qu'on lui donne; c'est là une alimentation mixte, qu'on * n'appréciera convenablement qu'en tenant compte des deux éléments qui y prennent part. On avait négligé un de ces éléments pour ne tenir compte que de la nourriture ingérée dans l'estomac; c'est ce qui fait l'insuffisance de la conclusion. Pour que l'urine représente la réaction propre à une alimenta- tion, il faut que celle-ci soit prépondérante ; les herbi- vores, qui pendant la digestion ont les urines alcalines, mangent en général beaucoup plus que les carnivores. SA RÉACTION. 17 J'ai fait autrefois sur moi-môrac. l'épreuve du ré- gime non azoté : ce n'est que le lendemain que la réac- tion de mes urines a changé et est devenue alcaline. Linné avait vu les urines alcalines après avoir mangé une grande quantité de cerises. Dans l'appréciation des effets d'une alimentation donnée sur la constitution de l'urine, nous devrons donc toujours tenir compte de deux influences: de celle exercée par l'alimentation qu'on examine, et de celle des substances abandonnées par les tissus. Cela s'accorde avec les remarques de Chossat, qui montrent que l'alimenta- tion insuffisante produit les mêmes effets que l'inanition ; elle les produit seulement plus lentement. Nous pouvons donc conclure de nos observations que chez les animaux qui mangent en excès des substances féculentes non azotées, la réaction de l'urine est alcaline. Il en résulte qu'on peut voir cette réaction varier suivant les différentes périodes d'une même digestion. Chez le lapin nourri d'herbes ou de carottes, c'est au milieu de ladigestion que l'on trouve l'alcalinité la plusgrande, elle est presque neutre dans l'intervalle des repas. Je vous ai dit, messieurs, que chez les animaux en pleine digestion, la réaction de l'urine est la même que celle de l'intestin grêle. Ce rapport est toutefois subor- donné à l'harmonie physiologique des fonctions, et il est telles circonstances dans lesquelles on peut ne plus le trouver. Ainsi, chez un animal auquel on a coupé les pneumogastriques, cette identité de réactions est détruite. Aussitôt après l'opération, la digestion est arrêtée, et en une heure ou d^ux les urines devien- B. LiQijiD. DE l'ouga:*. — 11. 2 18 URINE. lient acides. Voilà donc une nouvelle condition capable de changer la réaction de l'urine. Il existe chez les herbivores d'autres états naturels ou accidentels qui peuvent modifier de môme ces phéno- mènes. Autrefois j'ai fait respirer des lapins dans une atmos- phère d'oxygène pnr. Afin que le railien dans lequel ils étaient placés ne fût pas vicié par les produits de l'expi- ration, l'oxygène était renouvelé à mesure qu'il était consommé. Dans ces conditions, l'urine, qui était alca- line au commencement de l'expérience, devint bien- tôt très acide. En replaçant le lapin dans l'air ordi- naire, son urine redevint assez rapidement alcaline. C'est là un fait que j'ai observé plusieurs fois dans les mêmes circonstance. Un autre phénomène singulier, que j'ai aussi quel- quefois observé, est la modification apportée dans la réaction de l'urine par l'introduction de certaines sub- stances dans les poumons. Ayant injecté de l'huile dans les poumons de lapins à urine alcaline, celle-ci devint rapidement d'une acidité très marquée. Tous ces faits ont été observés chez les animaux sur lesquels il est le plus facile de suivre les variations de réaction de l'urine, chez des lapins dont l'urine est nor- malement alcaline pendant la digestion. Chez les carnivores, nous avons vu que les urines sont ordinairement acides. On peut cependant les y rencontrer alcalines sans que cette alcalinité soit liée à l'ingestion deniatières non azotées; c'est une alcalinité toute particulière et liée à d'autres conditions organi- SA RÉACTION. 19 ques. L'urine alcaline des animaux soumis à un régime non azoté doit son alcalinité à ce qu'elle renferme une"" quantité notable de carbonates alcalins; si on la îait bouillir, elle reste alcaline, d'où l'on doit conclure qu'elle doit sa réaction à la présence d'un alcali fixe. Or il n'en est pas de même de l'alcalinité qu'offre l'urine des carnivores pendant une période de la pleine activité de leur digestion. C'est quatre ou cinq heures après l'ingestion des aliments que peut s'observer cette réac- tion, qui est très nette, mais fugitive. L'urine recueillie à ce moment, et laissée exposée à Tair, devient plus ou moins rapidement acide. L'acidité apparaît l3ien plutôt encore si on la fait bouillir. L'alcalinité dans ce cas sem- blait due à la présence d'un alcali volatil, à du carbo nate d'ammoniaque. C'est sur un animal tué pendant la digestion, et dans des circonstances assez singulières, que j'ai observé pour la première fois cette alcalinité normale et passa- gère des urines des carnivores. Après avoir sacrifié l'animal, on pratiqua la respiration artificielle. Sous cette influence, la digestion continuait, des mouvements péristaltiques faisaient passer les aliments dans les intes- tins; l'urine recueillie alors fut trouvée alcaline. Je crus d'abord que cette alcalinité de l'urine devait être attri- buée à l'entretien artificiel de la respiration; mais depuis j'ai pu me convaincre qu'il n'en était rien. La réaction de l'urine est encore sous l'influence de conditions pathologiques variées. Indépendamment des maladies générales et des maladies des reins, on trouve souvent dans les voies excrétoires de l'urine les causes 20 URIXE. d'altération de ce liquide. On sait,, par exemple, qneles inflammations de la vessie ou des uretères peuvent amener une décomposition de l'urée en sels ammonia- caux qui amènent une réaction alcaline. Cette décom- position de l'urée en sels ammoniacaux se fait avec une facilité extrême au contact des muqueuses ; elle peut, dans l'intestin, se produire au contact de la muqueuse intestinale. Quand elle est saine, la muqueuse urinaire ne semble pas opérer cette transformation; mais il n'en serait plus de même quand elle est malade. Si, dans les expériences sur des chiens, il devient impos- sible, après avoir enlevé les reins, de trouver l'urée dans les liquides intestinaux, c'est sans doute qu'elle s'y transforme en sels ammoniacaux. On a donné de l'urée aux diabétiques ; malgré cela l'urée n'a pu passer dans l'urine, en raison sans doute des transformations qu'elle subit dans les voies digestives. Les faits que je vous ai signalés jusqu'ici suffisent à montrer qu'on ne saurait attacher une valeur absolue à la réaction de l'urine; elle est bée à trop de condi- tions variables. De môme que nous avons vu son alca- linité dépendre de causes multiples, nous reconnaîtrons sans doute aussi que son acidité dépend de conditions variées. Quant aux questions d'altération de ee liquide, nous aurons à les examiner plus tard. L'urine est donc un liquide variable dans sa réaction ; ce caractère ne saurait par conséquent la définir. Exp. — De l'urine d'un fœtus de veau était alcaline, claire. Cette urine a été évaporée à feux doux jusqu'à siccité.Yersla findel'évaporation il était resté un résidu SA RÉACTION. 21 cristallin très salé ; et à ce moment la liqueur, qui était restée alcaline pendant presque toute Tévaporation, était devenue très acide, ce qui tenait sans doute à un déga- gement d'ammoniaque provenant de la décomposition d'un sel ammoniacal (phosphate d'ammoniaque?). Ce résidu fut repris par un peu d'eau; on y ajouta un peu d'acide azotique, et l'on plongea le liquide dans un mélange réfrigérant. 11 se précipita des cristaux de nitrate d'urée qui, traités par l'acide azoteux, disparurent en produisant une vive effervescence. Après la naissance, l'urine de veau change de réac- tion, suivant la nourriture. Chez deux veaux de deux à trois mois, et nourris avec de la farine et des œufs, j'ai constaté que l'urine de la vessie était acide et claire. J'ai souvent constaté que chez des petits lapins qui tétaient, les urines étaient claires et acides, de même que chez les petits chiens : de sorte qu'à cette époque d'alimentation uniforme, la réaction de l'urine était gé- néralement la même chez les herbivores et chez les carnivores. "" Toutefois, dernièrement, chez un petit lapin de deux jours en pleine digestion, j'ai vu l'urine claire et alcaline. Chez les lapins et chevaux, j'ai observé que l'urine devient acide et gluante lorsqu'ils sont nourris avec de l'avoine. Il en est souvent de même pendant Tabstinence, comme on va le voir par les expériences suivantes : Exp. — Un lapin mâle, adulte, venant du marché, ayant les urines fortement alcalines, épaisses et troubles, fut mis à jeun le 9 août \Slil, à huit heures du matin. 22 URINE. A six heures du soir, les urines sont encore troubles et alcalines. Le 10, à huit heures du matin, urines acides, claires; l'animal, comme tous les animaux à jeun, a les oreilles froides et la respiration moins fréquente que la veille. Le 11, à huit heures du matin, urines très acides; même état que la veille. Alors on donne à manger à l'animal du foin avec de l'avoine, et l'on cessa l'expérience. Exp. — Sur un autre lapin mâle, nourri d'avoine et de foin, les urines étaient troubles et alcalines. Le 10 août 1847, à sept heures du matin, l'animal fut mis à l'abstinence. Le soir, à cinq heures, les urines, toujours alcalines, le sont peut-être moins, et sont aussi moins troubles. Le matin, l'animal, en pleine diges- tion, avait les oreilles chaudes; le soir il les a plus froides. Le lendemain 1 1 , à huit heures du matin , urines jaunes, claires, très acides. L'animal a les oreilles froides, et respire plus lentement. On le fait pisser le soir à quatre heures : les urines sont toujours acides et un peu gluantes, comme celles des chevaux à jeun. Le 12, l'animal rend des urines colorées, gluantes et très acides. Par l'addition de l'acide nitrique, il se pré- cipite du nitrate d'urée. Les urines de ce lapin nourri avec l'avoine et le foin présentent ceci de particulier, qu'elles sont restées très colorées, bien que l'animal fût à jeun, tandis que chez d'autres lapins nourris avec de l'herbe, les urines de l'abstinence sont claires. (A ce sujet, on a dit que les bœufs nourris avec du SA RÉACTION. 23 foin présentent souvent des calculs biliaires, qui dispa- raîtraient lorsqu'on les met au vert.) On mit ensuite ce lapin au régime de la luzerne, et le lendemain les urines examinées étaient troubles, alcalines, et ne donnaient plus d'urée par l'acide azo- tique. On laissa ce lapin au même régime jusqu'au 23 août. Ce lapin offrait toujours alors des urines ayant la môme réaction, car il était resté au mèm.e régime. Alors ce lapin, étant en digestion et ayant les oreilles chaudes, fut mis à l'abstinence. Le lendemain, vingt-quatre heures après, les urines sont ambrées, claires, acides; l'animal avait les oreilles froides. L'addition d'acide azotique précipite directe- ment du nitrate d'urée en les mettant dans un mélange réfrigérant. Exp. (26 mars 18/i9). — Sur un gros lapin on coupa les deux values à quatre heures du soir. Le lendemain matin l'animal était mort. Les poumons sont altérés par des épanchements san- guins; le foie est noirâtre et donne une décoction claire qui ne fournit pas de sucre ; les urines sont acides. DEUXIEME LEÇON. 23 AVRIL 1858. SOMMAIRE : Urée. — Condilions qui en font varier la proportion dans un même poids d'urine. — Origine de l'urée. • — Distril)ution de l'urée dans l'économie. — Le rein élimine l'urée, il ne la sécrète pas. — Extirpation des reins. — Effets de raccuniulation de l'urée dans le sang. — L'urée est-elle un poison ? — Destruction des nerfs du rein. — Expériences d'ablation des reins. Messieurs , Nous nous sommes occupés jusqu'ici des modifica- tions que sul)it la réaction de l'urine sousTinfluence de différentes causes, et spécialement suivant les variations de l'alimentation. Nous rechercherons aujourd'hui, en dehors de ces caractères mobiles, le produit spécial qui pourra carac- tériser l'urine, dans toutes ses conditions de formation et d'expulsion. On s'accorde généralement à caractériser l'urine par la présence de l'urée : à l'état physiologique, l'urine contient toujours cette substance. Tous les autres maté- riaux que l'on rencontre dans l'urine sont en rapport avec l'alimeiitation variable, tandis que la présence de l'urée se rattache aux phénomènes constants de la nutri- tion. L'urée peut seulement varier de quantité; l'étude de ses variations a été considérée comme pouvant servir à apprécier l'intensité des phénomènes nutritifs. Arrêtons-nous donc à l'examen de ces questions. A l'état physiologique, vous avons-nous dit, l'urée se ren- PRÉSENCE DE l'uIIIÎ!:: DANS L URINE. 25 contre toujours dans l'urine des mammifères; on n'a pas signalé d'exceptions à ce fait. A l'état pathologique, il semblait qu'il pouvait en être autrement; on avait, en effet, cité autrefois les diabétiques comme n'ayant pas d'urée dans les urines. Mais on a vu depuis que cette assertion était la conséquence d'une appréciation er- ronée. Le fait est que chez les diabétiques l'urée, n'aug- mentant pas de quantité, se trouve donc dès lors ne plus représenter qu'une fraction excessivement faible de la masse totale. Mais ce serait là une diminution toute relative, et qui tient uniquement à l'accroissement énorme delà quantité d'urine rendue par le rein chez les diabétiques. On retrouve l'urée chez les diabétiques lorsqu'au lieu d'opérer comparativement chez eux et chez un sujet sain, sur un poids donné d'urine, on opère sur la masse totale de l'urine rendue en vingt-quatre heures. Cette variation de l'urée est donc relative; sa quantité absolue n'est pas sujette à varier entre des limites aussi éloignées. La proportion d'urée, au contraire, paraît plus con- sidérable lorsque l'urine se concentre par son séjour prolongé dans la vessie. Quand on amène dans le labo-^ ratoiredes chiens qui se retiennent d'uriner, l'absorption d'une partie de l'eau qui est accumulée dans leur vessie amène une concentration telle de l'urine, que lors- qu'on y ajoute de l'acide nitrique, on obtient un préci- pité qui se produit en masse. Ce précipité, qui pourrait, au premier abord, en imposer quelquefois pour de l'albumine, est formé par du nitrate d'urée. H y a plus, lorsqu'on soumet un animal à l'abstinence com- 26 URINE. plète, son urine peut devenir une dissolution d'urée excessivement concentrée. Je l'ai vu sur des chevaux qui, au bout de sept ou huit jours d'abstinence, ren- dent une urine visqueuse, abandonnant par le refroi- dissement des cristaux d'urée. Voici un flacon qui contient des cristaux en aiguilles, cristaux d'urée ob- tenus par décantation d'une urine de cheval recueillie dans ces conditions. Il peut donc y avoir des différences extrêmement grandes entre les quantités relatives d'urée contenues dans l'urine. Mais, dans tous les cas, que l'urine soit très aqueuse ou qu'elle soit concentrée, elle renferme de l'urée. Si maintenant on vient à enlever un rein, il faut que l'urée totale soit éliminée par celui qui reste. Dans les premiers jours qui suivent l'opération , l'insuffisance fonctionnelle du rein qui a été laissé peut amener le passage de l'urée dans d'autres liquides organiques. Mais cela ne dure que quelques jours, et l'organe augmente de volume assez rapidement pour être bientôt en état de suppléer celui qui a été enlevé. C'est donc par l'urée, principe constant et considéré comme caractéristique de l'urine, qu'il convient de com- mencer l'histoire des éléments de ce liquide. L'urée est une substance azotée qui représente le résultat de la décomposition des matières azotées. f^ On s'est demandé pendant longtemps où se produisait l'urée; question importante en ce que la locahsation de sa production était le premier pas à faire dans la con- naissance du mécanisme de sa formation. On a cru URÉE. 27 d'abord que Purée se formait dans le rein ; je vous ai déjà dit que cette opinion avait dû être abandonnée lorsque des recherches chimiques plus délicates avaient montré que cette substance existe normalement dans le sang. L'urée se produit donc dans le sang. Mais dans quelle partie des voies circulatoires? — Il est impossible aujourd'hui de localiser dans un organe la formation de l'urée. Elle paraît se faire dans tous les tissus, au sein desquels le sang se décompose et se recompose sans cesse dans le double mouvement de la nutrition intime. Chez les animaux auxquels on a extirpé les reins, l'urée se trouve dans le sang de toutes les parties du corps. Cependant, dans ces derniers temps, des analyses ont été publiées, qui sembleraient indiquer que l'urée circule plus spécialement dans certains vaisseaux. Déjà, autrefois, j'avais remarqué que chez les ani- maux à jeun le système lymphatique tend à prédominer sur le système sanguin; j'avais aussi noté que dans ces conditions l'urine renferme plus d'urée. Je vous ferai connaître les expériences qui montrent ce rapport entre l'activité de la circulation lymphatique et la pro- duction de l'urée. Or, la circulation lymphatique rap- porte un liquide qui vient des tissus, aux dépens des- quels il se forme. Dans la trame de ces tissus, l'activité des circulations artérielle et veineuse est, dans son rapport constant, inverse de l'activité de la production lymphatique. Un autre fait va venir maintenant corroborer ces diverses observations physiologiques. Récemment, M. Wurtz a fait des analyses de lymphe 28 URINE. et y a trouvé une grande quantité d'urée. La lymphe paraîtrait, d'après cela, être le véhicule principal, sinon unique, de l'urée ; on ne peut nier qu'il y en ait dans le sang, mais c'est en proportion infiniment moindre que dans la lymphe. L'urée serait donc un produit de la décomposition qui se fait dans les tissus, et que charrient plus spécialement les vaisseaux lympha- tiques. Telles sont, à défaut de notions ahsolues, les idées auxquelles nous devons aujourd'hui nous arrêter relati- vement à l'origine de l'urée. En continuant son his- toire, nous aurons à examiner quel rapport existe entre sa production et l'intensité des autres phéno- mènes nutritifs. M. Millon, qui a recherché l'urée dans différents liquides organiques, l'a trouvée en très grande quantité dans un produit de sécrétion où sa présence n'aurait certainement pas pu être soupçonnée à priori: dans l'humeur vitrée de l'œil. Comment se fait cette accu- mulation d'urée dans un liquide dont le rôle paraît avoir si peu d'analogie avec l'urine? Quelle est, dans ce cas, la destination physiologique de l'urée? • — Ce sont là des questions auxquelles il est encore impossible de répondre; questions qu'il serait peut-être même pré- maturé de cherchera résoudre. Ayant recherché l'urée, non-seulement dans les liquides directement séparés du sang, mais encore dans des liquides sécrétés, on est arrivé à cette conclusion qu'il y en avait dans une foule de liquides autres que l'urine, et que dès lors l'urée pouvait être considérée comme un produit très généra- URÉE. 20 lement répaiiclu dans l'organisme, existant à peu près partout. Je ne m'arrêterai pas à vous décrire le procédé em- ployé par Liebig pour mettre l'urée en évidence; il me suffit de vous indiquer que par ce procédé, qui est assez généralement employé, on a pu en montrer dans la salive, dans le suc gastrique, dans le lait, etc., et que ces constatations ont été faites par plusieurs obser- vateurs. A ce sujet, je vous rappellerai encore qu'il ne faut pas voir dans les organes excréteurs desiuslruments chargés de l'élimination exclusive de telle ou telle substance. Sans doute l'organe excréteur par lequel s'accomplit plus ^ spécialement cette élimination offre à cet égard une aptitude particulière ; mais cette aptitude n'est pas ex- clusive, et tous les organes par lesquels s'effectuent des élimmatious partagent plus ou moins avec lui la pro- pilété_diî- donner passage au produit qui caractérise^^ son rôle physiologique. J'ai déjà eu occasion de vous signaler ces faits lorsqu'il a été question ici de l'élimina- tion de certaines substances étrangères à l'organisme, notamment de l'iodure de potassium et du prussiate "^ jaune de potasse, qui, bien qu'elles aient des organes d'élimination particuliers, passent cependant par d'autres voies, lorsque celles (|ui leur sont naturelles deviennent insuffisantes, soit accidentellement, soit par suite d'une trop grande accumulation dans le sang du produit f[ui doit en être expulsé. Les exemples de la dissémination normale ou acci- dentelle de l'urée prouvent donc encore que cette sul)- 30 URINE. stance n'est pas un produit né dans le rein, mais que sa formation est générale dans l'organisme. L'urée se forme aux dépens des matières organiques azotées. M. Béchamp a pu, hors de l'économie, réaliser cette transformation. """ Ici, messieurs, permettez-moi de revenir sur une distinction que je vous ai déjà indiquée entre les organes éliminateurs et les organes sécréteurs. Dans le^sang qui sort des organes sécréteurs, on doit trouver une substance qui n'existait pas dans le sang qui arrive à ces organes, substance dont la formation caractérise leur rôle physiologique. C'est par ce caractère surtouFque les organes sécréteurs différent des organes élimina- teurs. Relativement à l'urée, le rein est un organe éli- minateur, parce que le sang qui arrive au rein contient l'urée et en contient plus que le sang qui en sort. Lorsqu'il s'est agi de montrer que le sucre se formait dans le foie, nous avons examiné comparativement le sang qui entre dans cet organe et celui qui en sort ; le premier ne contient pas de sucre, on en trouve au con- traire dans le second. Ainsi s'est trouvée résolue la ques- tion de savoir s'il y avait formation de sucre dans l'or- gane. Pour l'urée, la question a été posée de la même façon, et les expériences ont conduit à une conclusion inverse. Je vous ai déjà rapporté les expériences in- stituées autrefois par MM. Prévost et Dumas et les nôtres, qui consistaient à analyser le sang d'animaux aux- quels on avait extirpé les reins. Il était clair, d'après ces expériences, que l'urée n'était pas sécrétée par les reins, puisque leur ablation ne la faisait pas disparaître. URÉE. 31 Plus récemment, M. Picard (de Strasbourg) a fait l'analyse comparative du sang qui entre dans le rein et de celui qui en sort. Il a trouvé de l'urée dans le sang de l'artère rénale, dans celui de la veine rénale et aussi dans l'uretère. Un grand nombre d'analyses lui ont donné, pour le sang veineux rénal, une quantité d'urée sensiblement égale à la moitié de celle qu'of- frait le sang artériel. Tandis que dans le sang de l'ar- tère rénale on trouvait 0,0/i centièmes d'urée, on en trouvait seulement 0,02 dans le sang de la veine' rénale. ^ " Les résultats de ces analyses concordent avec bien d'autres expériences faites pour juger de l'élimination d'autres substances par le rein. J'avais étudié autrefois l'élimination par le rein du prussiate jaune de potasse, et vu qu'une portion seulement du prussiate contenu dans le sang artériel était éliminée. Pour que l'élimina- tion soit complète, il faut donc que le sang passe plu- sieurs fois par le rein. L'urée est donc éliminée par le rein. Cette élimina- tion peut se faire en quantité variable suivant une foule de conditions que nous aurons à examiner. Observant sur lui-même, Bischoff a constaté, pour vingt-quatre heures, une élimination de 35 grammes environ d'urée. MM. Dumas et Prévost avaient trouvé 6 grammes par vingt-quatre heures pour un chien, toujours dans les conditions physiologiques. Quels sont maintenant les phénomènes patholo- giques qui surviennent lorsque l'élimination de l'urée est empêchée ou pervertie? 3^ URINE. Récemment on a étudié les effets de l'accumnlation de l'urée dans le sang. Et d'abord, après l'extirpation des reins, l'urée ne s'élimine plus par la voie naturelle : des vomissements, dans la matière desquels on trouve parfois de l'urée, en sont ordinairement la conséquence. En dehors de ces conditions artificielles, il est chez l'homme des maladies du rein dans lesquehes l'urée s'élimine difficilement, la maladie de Bright, par exem- ple. Dans ces conditions, il survient nne série de phé- nomènes pathologiques intéressants. De l'urée passe dans les autres sécrétions, et plus spécialement dans les sécrétions intestinales. C'est là une élimination sup- plémentaire qui peut toutefois être modifiée sous l'in- fluence d'une aggravation de Tétat morbide. Alors l'urée s'accumule dans le sang. L'urée, qui dans la néphrite albumineuse passe dans les sécrétions intesti- nales, se décompose dans l'intestin en sels ammonia- caux. M. Rayer, dans son Traité des maladies des reins, a insisté sur les effets fâcheux que cette formation de produits ammoniacaux exerce sur les fonctions diges- tives. jlais à ces troubles prochains ne se bornent pas les effets de raccunuilation de l'urée dans le sang. Dans un travail sur l'urémie, Frerichs a insisté sur les phénomènes nerveux qui en sont la conséquence; ces phénomènes consistent en synq^tômes cérébraux ana- logues à ceux que produirait l'action de l'opium, avec des convulsions graves qui peuvent quelquefois emporter les malades presque subitement. Comment expliquer ce nouvel ordre de phénomènes? UR!ÎF. ?)?> On a dû pour cela se poser plusieurs questions. On s'est demandé d'abord si l'urée n'était pas un poison. La présence normale de l'urée dans l'organisation ne suffisait pas à faire déclarer oiseuse cette question, car une substance toxique n'est pas toxique à toutes les doses. Un poison violent pourrait donc exister dans le sang et s'y produire en proportion notable sans occa- sionner d'empoisonnement si l'élimination en est suffi- samment rapide; on n'est par conséquent pas autorisé à déclarer que l'urée n'est pas un poison, d'après cette seule raison qu'elle se forme dans le sang en assez grande quantité. Pour résoudre cette question de savoir si l'urée est un poison, on a eu recours au procédé le plus direct, qui consiste à en injecter dans le sang une quantité assez considérable. Ces expériences ont été faites ; M. Gallois les a reproduites ici et a vu que l'injection de l'urée dans le sang est innocente, qu'on peut en injecter beaucoup sans déterminer de désordres remar- quables et surtout sans rien produire de semblable aux accidents observés dans les maladies qu'on a con- sidérées comme dues à l'accumulation de l'urée dans le sang. L'innocuité de l'urée étant reconnue, il a fallu se rejeter sur une autre explication pour rendre compte des désordres qui, chez l'homme, étaient considérés comme coïncidant avec sa présence dans le sang. Les désordres observés ont été dès lors attribués, non plus à l'action de l'urée, mais aux produits de sa décom- position et spécialement au carbonate d'annnoniaque. B. LiQUID. DE 1,'ORGAN. — II. 3 3fl URÉE. Toutefois cette hypothèse est encore insuffisante à ré- soudre la question. Si le carbonate d'ammoniaque est injecté en petite quantité, il ne produit rien. Lorsque nous l'avons injecté en proportion plus considérable dans le sang d'un chien, l'animal a poussé des cris et a été pris d'une agitation extrême qui a dnré quelque temps ; néanmoins il est revenu à la vie. On a donc attribué les phénomènes nerveux à la présence du carbo- nate d'ammoniaque dans le sang : mais en examinant le sang sain on malade, on a vu que le carbonate d'am- moniaque existe presque toujours dans le sang de l'homme. Dès lors il ne pouvait expliquer les accidents particuliers à l'urémie. On n'a donc pas trouvé dans ces expériences une solu- tion complète de la question qui les avait fait instituer. 11 me semble qu'il serait cependant possible de rendre compte des faits autrement. Dans les observations patho- logiques de maladies du rein, des désordres graves ont été notés du côté du système nerveux : convulsions, etc. Ces désordres arrivent d'ordinaire alors que l'afïection rénale est très avancée, que le rein malade depuis long- temps vient à se désorganiser, qu'il se ramollit et tend à se résoudre dans une fonte putride. Or, je vous ai déjà dit que lorsqu'on a enlevé un rein à un animal, cet animal vit; que si, au lieu de lui enlever un rein, on détruit simplement les nerfs qui se rendent à ce rein, l'animal meurt constamment. Marchand, J. Mïdler, Peipers ont fait ces expériences et oni'constaté la dés- organisation des reins. Des désordres analogues ont été retrouvés ici par M. Armand Morcau, lorsqu'il a URÉMIE. 35 reproduit sur des chiens les expériences de section de nerfs des reins. Qu'arrive-t-il dans ce cas? — Sans troubler directe- ment la circulation générale, on a perverti complètement les phénomènes de nutrition rénale au point qu'avec une rapidité incroyable, le rein se décompose, et qu'une sub- stance putride se trouve entraînée dans le torrent circu- latoire et détermine un empoisonnement. 11 y aura, pour vider cette question, de nouvelles expériences à faire : il faudra voir quels seront les effets de l'injection dans le sang d'un animal sain, de la substance fournie par la fonte d'un rein dont on a coupé les nerfs, et si les acci- dents ultimes rappelleront la physionomie des désordres nerveux observés dans l'urémie. Ce fait de la fonte putride d'un rein privé de ses nerfs mérite encore d'être étudié à un autre point de vue : celui de l'influence du système nerveux sur des affections qui lui paraissent complètement étrangères. Ici les tissus et les vaisseaux ont été respectés; seuls les nerfs ont été détruits, et une maladie putride en a été la conséquence. Supposez qu'au lieu de la section une paralysie spontanée ait été produite, une affection ner- veuse deviendra donc le point de départ d'une maladie septique. L'urée se produit à tout âge, non-seulement chez l'adulte, mais même chez le fœtus; toutefois elle se produit en moindre quantité dans le jeune âge ; c'est un produit essentiel de la décomposition organique. On ne connaît à l'urée aucun rôle physiologique. C'est une substance purement excrétée, non sécrétée. Elle 36 URÉ!-: D.^.NS LE SAXC. est régulièrement éliminée par le rein; lorsque cette élimination se trouve gênée, on voit des phénomènes graves survenir sans qu'il soit actuellement possible de dire si ces phénomènes sont la conséquence directe ou secondaire de l'accumulation de l'urée dans le sang, ou s'ils sont sous la dépendance de la lésion qui a causé cette accumulation. C'est à ces phénomènes, observés surtout dans la maladie de Bright, qu'on a donné le nom d'urémie. Convient-il d'en rapprocher les convulsions des femmes enceintes? — C'est une question à examiner et qu'il serait prématuré de prétendre résoudre actuellement. En résumé je crois que, lorsqu'il s'agit de rendre compte de ces désordres, il faut renoncera l'explication qui les attribue à une intoxication par l'urée ou le car- bonate d'ammoniaque. L'expérience de la section des nerfs rénaux me paraît bien plus propre à fournir les éléments d'une solution vraie. Je terminerai ce sujet en vous rapportant quelques expériences que j'ai faites en ISi? avec M. Barreswill, dans le but de rechercher quelles sont, après l'extir- pation des reins, les voies d'élimination de l'urée. Pour rechercher l'urée dans le sang, nous avons suivi en tout point le procédé de M. Dumas, qui traitait le sang desséché par l'eau bouillante, reprenait par Falcool pour en séparer les matières organiques; l'eau de lavage était concentrée par l'évaporation. M. Dumas traitait ensuite par l'acide nitrique les résidus des traitements alcooliques pour convertir l'urée en nitrate d'urée, d'où elle était extraite eiisuite pure et cristallisée. APRÈS l'extirpation DES REINS. 37 Les quelques modifîcalioiis que nous avons apportées à ce procédé ne changent en rien le fond du procédé d'analyse lui-même. Ainsi nous avons ordinairement coagulé le sang encore chaud au moyen d'une quantité suffisante d'alcool, après quoi nous avons exprimé for- tement la masse dans un linge de toile. Les produits de ce premier lavage étaient évaporés à sec au bain-marie, puis repris par l'alcool concentré jusqu'à séparation aussi complète que possible de la matière animale. Enfin, le dernier résidu alcoolique, également évaporé à sec au bain-marie, et redissous dans une très petite quantité d'eau, était traité par l'acide nitrique et soumis à une température basse dans un mélange réfrigérant (de sulfate de soude et d'acide chlorhydrique) pour favoriser la cristallisation du nitrate d'urée. Comme la présence de l'urée dans le sang après la néphrotomie était un fait démontré, nous n'avions d'autre but que de déterminer le moir^ent où cette substance apparaît dans le sang ; nous nous sommes donc, en général, borné à constater les caractères chi- miques de l'urée; savoir: sa solubilité dans l'eau et l'alcool, sa précipitation par l'acide nitrique. Puis, agissant sur le nitrate d'urée, nous avons constaté son dédoublement par la potasse à froid, dans les liqueurs concentrées sans dégagement d'ammoniaque, sa régé- nérescence par l'acide nitrique et sa destruction avec effervescence par l'acide nitreux. L'ensemble de ces caractères nous paraît plus que suffisant pour distinguer l'urée entre toutes les autres matières organiques, sans qu'il fût nécessaire de recourir à l'analyse. Des analyses 38 URÉE DANS LE SANG élémentaires avaient d'ailleurs été faites par M. Dumas, dans des circonstances exactement semblables ; il était inutile de les reproduire. Nous ne nous sommes pas trop préoccupé non plus de ce fait, qu'une petite partie de l'urée se trouvait, ainsi que l'avance Marchand, retenue par la fibrine et l'albumine du sang. Les expériences sur lesquelles cet auteur s'appuie pour soutenir cette opinion, et en con- clure qu'il est impossible de doser exactement l'urée contenue dans le sang, ne sembleront peut-être pas suffisamment convaincantes, quand nous verrons plus loin avec quelle facilité l'urée peut se décomposer en présence des matières animales placées dans certaines conditions. Il serait d'ailleurs difficile de comprendre comment l'albumine et la fibrine pourraient retenir l'urée. Ce ne serait pas par une simple action méca- nique, puisqu'on peut les diviser à l'infini. Ce ne serait pas non plus par combinaison à la manière d'un acide, car on sait que des acides, même énergiques, tels que l'acide lactique, ne peuvent se combiner à l'urée; et, à ce sujet, des expériences de M. Pelouze ont prouvé depuis longtemps que l'urée pouvait cristalliser au sein de l'acide lactique concentré et sirupeux, sans produire de lactate d'urée. Il nous importait seulement, pour juger la sensi- bilité du procédé que nous avons mis en usage, de savoir qu'en injectant 1 gramme d'urée dans le sang d'un chien de taille ordinaire, et le saignant quel- ques instants après, on pouvait facilement trouver les caractères du nitrate d'urée, et de l'urée dans 100 gram- APRÈS l'extirpation DES REINS. o9 mes de ce sang, traité ainsi que nous l'avons tlit. Nous rappellerons que i gramme d'urée représente à peu près la sixième partie de ce qu'un chien peut fournir en vingt-quatre heures. Notre procédé d'analyse possé- dait donc un degré de sensibilité plus que suffisant pour juger les questions que nous nous étions proposé d'élucider. Exp. — On enleva les deux reins à un chien adulte, de taille moyenne, bien portant, et ayant Itiit avant l'opération un repas de viande très copieux. L'expé- rience n'offrit rien de particulier; le soir, le chien mangea encore avec avidité des os de volaille et du laiL Le lendemain, vingt-quatre heures après l'opération, on trouva, en entrant dans le laboratoire, des matières vomies et acides, et non fétides, parmi lesquelles on distingua des fragments d'aliments pris la veille. On constata également que l'animal avait rendu pendant la nuit des matières excrémentitielles dures et noirâtres. Le chien ne paraissait pas abattu ni malade; cependant il refusa toute nourriture solide, et ne voulut prendre que do l'eau. Le surlendemain, sans cause particulière appréciable, le chien fut pris d'accès de convulsions épileptiformes, qui se succédèrent sans relâche, et amenèrent la mort dans le milieu de la journée, quarante-huit à cinquante heures après l'opération. A l'autopsie, faite immédiatement après la mort , l'estomac contenait environ 150 grammes d'un liquide brunâtre non fétide, et à réaction légèrement acide; l'intestin grêle renfermait une petite quantité d'un liquide llO URÉE DANS LE SANG visqueux brunâtre, non fétide ; le gros intestin contient des excréments noirâtres en petite quantité. Le foie est frialjle, ramolli, et la vésicule du foie dis- tendue par une grande quantité de bile noire et filante. Le cœur et les poumons n'offrent rien de particulier. Le sang est encore chaud et fluide dans le cœur et les grosses veines; on en recueille 120 grammes pour les soumettre à l'analyse ; on n'y trouva pas d'urée. La vessie urinaire, fortement contractée, ne contient absolument rien. Le sang examiné n'a donné aucun des caractères qui pouvaient indiquer la présence de l'urée. Le liquide stomacal, d'une réaction faiblement acide, ne dégage pas spontanément d'odeur ammoniacale; mais, en y ajoutant de la potasse caustique, il s'en exhale aussitôt une odeur suffocante d'ammoniaque. Le liquide de l'intestin et la bile, trailés comme le fluide de l'estomac, dégagent également de grandes quantités d'ammoniaque. Exp. — On enleva les deux reins à un chien dogue, de très forte taille, bien portant et encore jeune. L'opé- ration n'offrit rien de particulier. Le lendemain, vingt-quatre heures après l'opération, le chien, sans être affaibli, paraît triste ; sa respiration est gênée et suspirieuse; il a vomi pendant la nuit des matières liquides et rendu des excréments noirâtres; il refuse toute nourriture et répugne au mouvement; le chien paraît souffrir et crie par fois. Pour que les cris n'incommodent pas les voisins, on lui attache une muse- lière assez serrée. On revient au laboratoire dans la APRÈS l'extirpation DES REINS. 41 journée, et ou trouve le chien étendu mort, le museau baigné dans un liquide fétide qu'il a vomi. La muselière ayant empêché l'expulsion facile des matières, le vomis- sement avait fait périr l'animal par suffocation, comme l'autopsie l'a démontré. A l'ouverture de l'abdomen, il s'en exhala une odeur excessivement fétide. Le péritoine est le siège d'une pé- ritonite générale, et sa cavité contient environ 80 à 100 grammes d'un liquide séro-puruient très fétide. L'estomac renferme un liquide ii réaclion alcaline et très fétide. Il y a une rougeur générale de la membrane intestinale. Le foie, friable, présente sa vésicule dis- tendue par une grande quantité de bile. La plèvre contient un liquide séreux rougeàtre, n'offrant pas l'odeur fétide que dégage le liquide péritonéal. Les poumons sont gorges de sang et engoués; les bronches, grosses et petites, sont remplies de mucosités écumeuses rougeàtres. On retire du cœur et des grosses veines 150 grammes de sang noir et en partie coagulé. Dans le sang retiré, après la mort, du cœur et des gros vaisseaux, on ne constate aucune trace d'urée. Les liquides recueillis dans l'estomac et la cavité périto- néale, ainsi que la bile, dégagent de grandes quantités d'ammoniaque sous l'influence de la potasse caustique. Dans les expériences qui précèdent, on n'a donc pas trouvé d'urée dans le sang d'animaux qui avaient sur- vécu peu de temps à l'ablation des reins. Voici d'autres expériences dans lesquelles l'opération n'ayant pas en- traîné la mort rapidement, la présence de l'urée a été constatée dans le sang. 42 URÉE DANS LE SANG Exp. — On enlève les deux reins à un autre chien dogue, adulte, bien portant et d'une très forte taille. Aussitôt après l'opération, qui n'offrit rien de particu- lier, le chien urina abondamment. Le lendemain matin, vingt-quatre heures après l'opé- ration, le chien est vif, paraît bien portant et mange avec avidité de la viande qu'on lui offre. Dans la jour- née, l'animal n'a pas vomi ni rendu d'excréments. Le soir, il mange encore de la viande. Le surlendemain, quarante-huit heures après l'opé- ration, même état, toujours satisfaisant : l'animal boit et mange, mais il a vomi pendant la nuit. Dans la jour- née, il vomit encore une fois des matières légèrement acides, dans lesquelles on reconnaît des aliments à moi- tié digérés; le soir, le chien mange encore, mais avec moins d'avidité. Le quatrième jour, apparence de tristesse et d'abat- tement-, l'animal refuse toute nourriture ; la respiration paraît suspirieuse. Le chien, sans vomir, paraît avoir fréquemment des nausées. Dans la journée, l'état s'ag- grave progressivement, et craignant que l'animal ne passe pas la nuit, on le sacrifie par hémorrhagie, soixante-dix ou soixante-douze heures après l'opération, afin de recueillir le plus de sang possible. La quantité de sang obtenue est de 330 grammes. L'autopsie est faite immédiatement après la mort. A l'ouverture de Tabdomen, il ne s'en dégage pas d'odeur fétide. La péritonite est limitée au pourtour des plaies lombaires. Cependant la cavité péritonéale con- tient un peu de sérosité rougeâtre. L'estomac ne con- APRÈS L EXTIRPATION DES REINS, /j3 tient que peu de liquide mélangé d'aliments en partie ramollis. Cette bouillie stomacale, d'une réaction bien franchement acide au papier de tournesol, n'exhale pas d'odeur fétide. Le duodénum contient un liquide jau- nâtre à réaction très légèrement acide. Dans le reste de son étendue, l'intestin grêle revenu sur lui-même ne renferme que fort peu de matières jaunâtres demi- concrètes. Les chylifères partant du duodénum ainsi que le canal thoracique contiennent un chyle blan- châtre. Le foie ne paraît pas sensiblement altéré dans son tissu ; néanmoins, la vésicule contient une grande quantité de bile. La vessie urinaire est complètement vide. Les poumons, le cœur et la rate sont sains. Les centres nerveux ne présentent pas non plus d'altération apparente, si ce n'est une grande quantité de fluide céphalo-rachidien. Le sang, soumis à l'analyse, donne de la manière la plus évidente les caractères de l'urée. Les liquides stomacal et céphalo-rachidien dégagent parla potasse de grandes quantités d'ammoniaque. Exp. — On enleva les deux reins à un gros chien de chasse bien portant et à jeun depuis vingt -quatre heures. Le lendemain, vingt-quatre heures après l'opération, l'animal, sans être très malade, est triste et refuse de boire et de manger. Le surlendemain, quarante-huit heures après l'opé- ration, le chien est triste et abattu. Il refuse toute espèce de nourriture et faiblit évidemment. Le soir, craignant que l'animal meure pendant la nuit, on le sacrifie par M URÉE DANS LE SANG hémorrhagie. La quantité de sang recueillie est de 225 grammes. Dans le sang soumis à l'analyse, on constate très net- tement la présence de l'urée. Les liquides intestinaux, traités comme le sang, ne contiennent pas d'urée, mais dégagent de grandes quantités d'ammoniaque sons l'in- tluence de la potasse caustique. Exp. — On enleva les deux reins à un chien d'assez forte taille, bien portant et en pleine digestion. L'opé- ration n'offrit rien de particulier, si ce n'est que l'ani- mal urina abondamment pendant qu'on la pratiquait. Le lendemain, le chien ne paraît pas malade; il n'a pas vomi et a conservé sa vivacité habituelle ; cepen- dant il refuse de boire et de manger. Pendant la jour- née, vingt-quatre heures après l'opération, on lui retire par la veine jugulaire 150 grammes de sang. Le surlendemain, quarante-huit heures après l'opé- ration, le chien refuse toujours de boire et de manger; il n'a pas eu de vomissements ni d'excrétions alvines, mais il est affaibli, triste et abattu. Le ([uatrième jour, soixante heures après l'opération, le chien est très malade. On le sacrifie par hémor- rliagie. L'autopsi(; est faite six heures après la mort. A l'ouverture de l'abdomen, il s'en exhale une odeur très fétide. Il existe seulement un peu de péritonite cir- conscrite au niveau des plaies lombaires. L'estomac contient environ 200 grammes d'un liquide jaunâtre floconneux, à réaction très alcaline, et répandant une odeur pénétrante ammoniacale très caractéristique. APRÈS l'extirpation L'ES REINS. /!5 L'intestin grèle renferme une assez grande quantité d'une bouiHie noirâtre très fétide. Le gros intestin con- tient des excréments solides. Le foie est noir et friable, sa vésicule distendue par une grande quantité de bile noirâti^e. La rate, les poumons et le cœur n'offrent rien de particulier. Les 150 grammes de sang retirés par la veine jugu- laire , vingt-quatre heures après la néphrotomie, ne contenaient aucune trace d'urée. Le sang, recueilli le quatrième jour, soixante heures après la néphrotomie, au moment de l'agonie, contient de l'urée de la manière la plus évidente. La réaction très alcaline du liquide sto- macal, son odeur pénétrante et les vapeurs épaisses qui se formaient au-dessus du liquide quand on en approchait le bouchon humide d'un flacon d'acide chlorhydrique, ne laissaient guère douter de la présence des sels am- moniacaux dans la sécrétion gastrique. Ce liquide, traité comme le sang, ne contenait aucune trace d'urée. La bile n'a pas été soumise aux réactifs. Comme conséquence générale des deux séries d'expé- riences qui précèdent, nous remarquerons : 1" Que chez tous nos animaux sans exception on a trouvé, après l'extirpation des reins, une grande quan- tité de produits ammoniacaux dans les fluides de l'in- testin ; 2° Que l'urée, au contraire, ne s'est pas constamm.ent montrée dans le sang des animaux néphrotomisés; elle n'a été retrouvée, en effet, que chez les trois chiens, sujets de la seconde série d'expériences. Examinons maintenant chacun de ces résultats, afin /|6 URÉE DANS LE SANG d'en apprécier la valeur et de saisir, s'il se peut, la raison de leur différence. Il est incontestable que la présence de l'ammoniaque en grande quantité, dans les sécrétions intestinales, est la conséquence directe de la soustraction des reins. Mais, ce qui nous importe pour le moment, c'est de savoir si cette excrétion ammoniacale commence à se produire aussitôt après l'ablation des reins, si elle reste la même ou diminue lorsque l'urée vient à se montrer dans le sang, et s'il existe, en un mot, une corréla- tion quelconque dans l'apparition de ces deux pro- duits. L'expérience qui suit va nous éclairer à ce sujet. Exp. — Nous enlevâmes les deux reins à un chien de taille moyenne, en bonne santé, et porteur d'une ouverture fistnleuse à l'estomac parfaitement organisée depuis plus de deux mois. Pendant ce temps, nous avions, à différentes reprises, analysé le suc gastrique de ce chien, et nous avions constaté que le fluide sto- macal de cet animal, de même que celui qui provenait d'autres individus de son espèce, ne contenaient que des traces insignifiantes d'ammoniaque. La double néphrotomie fut pratiquée sur cet animal. L'expérience n'offrit rien de particulier. Le chien était en pleine digestion. Le même jour, huit heures après l'opération, on retira par la canule du suc gastrique qui coula en assez grande abondance. Le liquide stomacal, clair, à réaction très acide, n'offrait en apparence au- cune modification. Cependant les réactifs y décelaient des (piantités d'ammoniaque très notables et plus con- APRÈS l'extirpation DES REINS. kl sidérables que dans l'état ordinaire. L'animal n'avait pas vomi et ne paraissait nullement incommodé. Le lendemain, vingt-quatre heures après l'opération, le chien continue d'être dans un état très satisfaisant. On débouche la fistule de l'estomac, et, chose singulière, il s'en écoule une quantité énorme (plus de 150 gram- mes) de suc gastrique clair, limpide et sans odeur fétide. Cette circonstance est d'autant plus remarquable que l'animal se trouvait à jeun, et que dans cet état l'esto- mac est d'habitude complètement vide de suc gastrique. On donna alors à manger à l'animal de la chair de porc qu'il mangea avec avidité. Le suc gastrique retiré de l'estomac, dégageait par la potasse de très grandes quantités d'ammoniaque. Pour- tant le fluide n'avait pas perdu ses propriétés diges- tives, ainsi que nous l'avons vérifié en opérant avec lui des digestions artificielles. Dans le reste de la journée, on retira encore à différentes reprises, par le canal, du suc gastrique acide, non fétide et mélangé avec les ali- ments que l'animal avait mangés. Il n'y avait eu depuis l'opération ni vomissements ni excrétions de matières alvines. Vers la fin de la journée, trente-six heures après l'opération, on saigne l'animal, et on lui retire par la jugulaire 120 grammes de sang. Le surlendemain, quarante-huit à cinquante heures après l'opération, le chien paraît moins vif que le jour précédent. On lui retire, étant à jeun, 80 grammes environ de suc gastrique, toujours acide et clair, mêlé de quelques flocons muqueux, mais sans mauvaise odeur. Par la potasse caustique, il s'exhale de ce fluide sto- /|8 URÉE DANS LE SANG macal une odeur ammoniacale pénétrante et suffocante. L'animal refusant de manger, on lui ingère de la viande par sa canule ; il ne la vomit pas. Dans la journée, le chien faiblit progressivement; on lui retire encore de temps en temps du suc gastrique par sa canule; mais la quantité obtenue chaque fois diminiie de plus en plus. Le quatrième jour au matin, soixante-cinq à soixante- huit heures après l'opération, on trouve en arrivant dans le laboratoire le chien agonisant. On débouche sa canule stomacale, et il s'en écoule à peine une cuillerée de suc gastrique acide, sans mauvaise odeur et mélangé d'un peu de mucus. On sacrifie l'animal par hémorrha- gie, et on obtient 215 grammes de sang. A l'autopsie faite aussitôt après la mort, on ne trouve pas de liquide dans le péritoine. L'estomac ne présente pas d'altération sensible et renferme quelques grumeaux jaunâtres. Le foie est ramolli et friable ; la vésicule biliaire remplie par une bile épaisse et noirâtre. La muqueuse intestinale présente une rougeur par plaques vers sa portion inférieure. Le cœur et les poumons n'of- frent rien de particulier. La vessie urinaire est com- plètement vide, Le premier sang, retiré trente-six heures après la néphrotomie, ne contient pas de traces d'urée. Le second sang, obtenu au moment de l'agonie de l'animal, en présente des quantités énormes. Il sulfit d'agir sur 50 grammes seulement de ce sang pour démontrer la présence de l'urée d'une manière non équivoque. En traitant par l'hydrochlorate de platine les liquides tirés à différentes époques de l'estomac, il s'est formé un sel APRÈS l'extirpation DES REINS. llQ double d'ammoniaque et de platine qui, par lacalcina- tion, laisse pour résidu du platine pur. Ce caractère, joint à l'absence d'effervescence par l'acide nitreux et au dégagement d'ammoniaque à froid par la potasse, nous semble indiquer que l'ammoniaque de ces liquides stomacaux ne s'y trouvait pas à l'état d'urée, mais bien sous forme d'un sel ammoniacal (phosphate ou lactate). Cette expérience, qui forme le complément des deux séries de faits qui précèdent, nous permet de conclure : 1° Qu'après l'ablation des reins, les sécrétions intes- tinales , et particulièrement la sécrétion gastrique , augmentent considérablement en quantité et qu'elles changent de type, c'est-à-dire qu'au lieu de rester intermittentes et de ne se former que dans le moment du travail digestif, ces sécrétions se produisent comme le faisait l'urine, d'une manière continue, aussi bien pendant le jeûne que pendant la digestion; 2° Qu'indépendamment de cette augmentation dans la quantité des sécrétions gastriques, il intervient encore après l'ablation des reins, dans ces mêmes sécrétions, un élément chimique de plus, qui es t l'ammoniaque sous forme de combinaison saline; 3° Que cette production de sels ammoniacaux clans' le suc gastrique devient évidente au bout de quelques heures après la néphrotomie, et que, malgré cette mo- dification, le suc gastrique resté acide n'a pas paru perdre sensiblement ses propriétés digestives; li" Enfin, que cette élimination en quantité considé- rable de liquides ammoniacaux par l'intestin persiste tant que l'animal reste vivace. C'est seulement au mo- B. LlQUID. DE L"0P.GAN, — II. * 50 AMMONIAQUE DANS l'iNTESTIN ment où les chiens faiblissent et deviennent languis- sants que les sécrétions intestinales diminuent et se tarissent progressivement, et c'est aussi à cette période de l'expérience que Turée commence à s'accumuler dans le fluide sanguin. Puisque la formation de l'urée commence dans le sang lorsque les sels ammoniacaux cessent de s'éliminer par l'intestin, il paraît légitime d'admettre que les sécrétions intestinales, pendant qu'elles existent, sup- pléent l'excrétion urinaire tant par leur abondance que parla nature des produits nouveaux dont elles se char- gent : je vous ai cité déjà les faits empruntés, soit à la physiologie expérimentale, soit à l'observation patholo- gique, qui tendent à confirmer cette manière de voir : tels sont l'élimination du prussiate de potasse par l'es- tomac chez les animaux néphrotomisés, les cas rap- portés par Nysten, où la sécrétion urinaire supprimée peut être suppléée par des vomissements périodiques plus ou moins urineux, qui cessent à leur tour lorsque l'urine reprend sou cours habituel. Enfin de sembla- blesphénomènes réactionnels ont été sionalés par pWJTO^î^ii/dans son Traité des maladies des reins, a examiné les rapports de solidarité pathologique qui unis- sent l'appareil rénal à l'appareil digestif. Nous arrivons à une dernière question relative aux recherches que nous venons de vous rappeler. Nous vous avons dit dans le cours de cet exposé que l'urée, pendant les premiers temps qui succèdent à la néphro- tonne, s'éliminait par l'intestin; nulle part cependant nous n'avons dit avoir retrouvé de l'urée dans les fluides APRÈS l'extirpation DtS REINS. 51 intestinaux. Nous avons même ajouté que nous n'avions pu en découvrir, et que l'on y rencontrait seulement de l'ammoniaque sous forme de combinaison saline (phosphate ou lactate). Au point de vue chimique, ces différences sont très facilement explicables : tous les chimistes savent, en effet, que l'urée ou les sels ammo- niacaux peuvent être considérés comme une seule et même chose sous des états différents. Mais au point de vue physiologique, comme on pourrait peut-être déduire que, dans les cas particuliers, l'urée s'est séparée du sang sous forme de sels ammoniacaux, nous devons donner quelques explications pour prévenir contre une semblable erreur. Nous pensons donc que l'urée existe dans tous les cas à l'état d'urée dans le sans:; mais ce qui fait qu'elle se montre dans les fluides intestinaux sous l'apparence de sels ammoniacaux et non avec les caractères propres à l'urée, c'est que, à l'instant même où celte substance parvient dans le tube intestinal, elle se trouve en dissolution dans des fluides au sein desquels s'opèrent des phénomènes de la nature, des fermenta- tions qui. d'une manière incessante, la détruisent en sels ammoniacaux a mesure qu'elle arrive. • •; • Des expériences directes nous ont confirmé l'exac- titude de cette assertion. De l'urine ou des dissolutions faibles d'urée ayant été introduites dans le tube intestinal de chiens vi- vants, nous n'y avons plus trouvé d'urée, lorsqu'au bout de quelques instants nous avons sacrifié ces animaux : elle avait été remplacée par des sels ammoniacaux. En mettant de l'urée ou de l'urine en contact avec les 52 URÉE ET SELS AMMONIACAUX. membranes intestinales d'un animal récemment mort, et exposant le tout à une douce température de 38 à ko degrés centigrades , on observe bientôt le même phénomène, seulement avec plus de lenteur, c'est-à- dire que le liquide renfermant l'urée contient ensuite des sels ammoniacaux, et finit par prendre une réaction très alcaline. Quand on administre très peu d'urée parles voies di- gestives, il peut arriver, d'après nos expériences, qu'elle ne soit absorbée qu'à l'état de sels ammoniacaux. Ceci expliquerait pourquoi MM. Vauquelin et Ségalas, après avoir administré de l'urée à un diabétique qui n'en offrait pas dans les urines, n'en retrouvèrent pas dans l'urine du malade. Cette décomposition de l'urée en sels ammoniacaux dans le tube gastro-intestinal, n'est en réalité qu'acci- dentelle, et nous n'en conclurons pas moins que les intestins suppléent les reins après la néphrotomie, en éliminant les matériaux de l'urine. Seulement, il faut ajouter que l'urine ne s'altère pas habituellement dans les voies urinaires, tandis que, dans l'intestin dont la fonction ordinaire est de détruire et de décomposer, à l'aide de phénomènes analogues aux fermentations, les différentes matières organiques végétales ou animnles nonmiées aliments, l'urée se trouve entraînée elle- même dans cette décomposition ; et c'est la cause de cette présence des sels ammoniacaux à la place de l'urée dans les voies digestives. TROISIEME LEÇON. 28 AVRIL 1858. SOMMAIRE : Acide inique. — Rapports entre les variations de l'urée et de l'acide urique. — Des variations de l'acide urique suivant les conditions fonctionnelles. — Expériences sur l'acide urique et l'urée. — Acide hippurique. — L'abstinence le fait disparaître chez les her- bivores. — Hypothèses sur son origine. — De la glycosurie. — Con- dition du passage du sucre du sang dans l'urine. — Accumulation du sucre dans le sang. — Injections de sucre dans les vaisseaux. — Le suc gastrique peut contenir du sucre. — L'état morbide du rein n'est pour rien dans le diabète. — Diabète passager par absorption. — Diabète permanent ; ses causes prochaines. Messieurs, Nous continuerons aujourd'hui l'histoire de l'urine, en prenant un autre corps parmi ceux qui s'y ren- contrent. La substance qui, après l'urée, se rencontre le plus constamment dans l'urine est l'acide urique. L'acide urique est un élément constituant essentiel de l'urine. Comme l'urée, il est éliminé par le rein, mais n'est pas formé dans cet organe ; on peut le prouver comme on l'a fait pour l'urée: en effet, Tacide urique se rencontre non-seulement dans le sang , bien qu'en proportion moindre que l'urée, et la quantité que le sang en ren- ferme doit se trouver augmentée après l'ablation des reins, dans les circonstances mêmes qui permettent d'observer l'accumulation de l'urée en grande propor- tion dans le sang. Il est extrêmement probable que ce que nous avons 54 URINE. dit de l'urée , relativement à son élimination possible par d'autres voies que le rein , lorsque celui-ci est en- levé, doit être applicable à l'acide urique. Toutefois, les observations n'ont pas été faites sur ce sujet, et il y aurait lieu d'examiner si après ral)lation des reins l'acide urique ne peut pas être trouvé dans l'intestin. Je viens de vous dire que cela me paraissait infiniment probable, et l'anatomie comparée justifierait cette idée en nous montrant que chez les insectes , qui n'ont pas de reins , l'acide urique est normalement éliminé par l'intestin. L'acide urique qu'élimine le rein a été considéré comme un produit qui avait, avec l'urée, une origine commune; on l'a fait provenir de la combustion des matières azotées, le considérant comme le résultat d'une combustion moins avancée que celle qui donne lieu à l'urée. A l'appui de cette opinion, on a noté que l'acide urique existe en plus grande proportion dans les urines lorsque les phénomènes de combustion nutritive sont ralentis par le mauvais état de la fonction respira- toire, ou même par une perturbation dans les condi- tions fonctionnelles du foie. On a fait remarquer que là où la respiration est très lente, chez les animaux à sang froid, l'urine contient de l'acide urique en assez forte proportion et ne contient pas d'urée. Ces raisons sont assurément très séduisantes, mais il ne faudrait pas asseoir une opinion arrêtée sur ces analogies, car des faits contraires pourraient lui être opposés. Ainsi, les oiseaux dont la respiration est très active ont, comme les animaux à sang froid, des urines chargées d'acide ACIDE URIOUE. 55 liriquc. Si donc un rapport existe entre la production de l'acide nriqiie et l'intensilé des phénomènes respi- ratoires, ce rapport est éloigné et subordonné à des conditions qui ne permettent de lui attribuer qu'une importance physiologique très secondaire. Quoi qu'il en soit, on a donné à l'acide urique la môme origine qu'à l'urine, le faisant provenir comme elle de la combustion des matières azotées; et si les études qui ont été entreprises sur ce sujet présentent encore de nombreuses lacunes, je dois cependant vous indiquer les résultats obtenus et les faits qui ont été constatés. Les expériences sur lesquelles on s'est fondé pour at- tribuer à l'acide urique et à l'urée une origine commune, viennent de ce que dans certaines conditions on peut changer l'acide urique en urée, en même temps que d'autres produits prennent naissance. Frerichs et Vœhler ayant fait bouillir de l'acide urique avec de l'oxyde de plomb l'ont vu donner lieu à de l'acide oxalique, à de l'urée et à de l'allantoïne. Ap- pliquant à la chimie vivante cette réaction produite ar- tificiellement, ils ont admis que l'acide urique résultant d'un premier degré de combustion des matériaux azotés pouvait se décomposer en ces trois produits. L'acide oxalique peut se rencontrer dans l'urine sans qu'il soit venu de l'extérieur par l'alimentation. Magendie a mon- tré qu'il s'y trouvait lorsque l'alimentation l'avait intro- duit dans l'économie, après avoir mangé de l'oseille, des tomates, etc. Mais on peut en rencontrer indépendam- ment de cette cause , et il arrive que , dans la forma- 56 URINE. tion des calculs urinaires, on trouve des couclies alter- imntes d'acide oxalique et d'acide urique. L'acide oxa- lique peut donc exister dans l'urine indépendamment de l'alimentation, et l'état morbide qu'on a appelé oxa- lurie^ diathèse oxalique^ serait lié à une accumulation d'acide oxalique, de même que l'urémie à une accumu- lation d'urée. Mais il ne faut jamais se contenter de l'induction : les causes d'erreurs possibles sont trop nombreuses et trop imprévues; l'expérimentation directe doit toujours être appelée à intervenir. M. Gallois a répété ici les expé- riences de Vœhler et Frerichs pour juger d'après l'exa- men des faits de la portée des conclusions qui en avaient été tirées. La première question à examiner était celle- ci : Peut-on prouver que l'acide urique n'est qu'un pre- mier degré d'oxydation des matières azotées, et qu'il peut se changer en urée ? Le moyen le plus simple de résoudre cette question était d'introduire dans l'intestin de l'acide urique (sous forme d'urate de potasse) et de voir si l'urée augmen- tait dansl'urine. En supposant exactes les vues de Yœhler et Frerichs, cet acide urique ne subirait pas de suroxy- dation, et alors on trouverait une plus grande quantité d'acide urique dans l'urine, ou bien il serait modifié, suroxydé, et alors l'urine devrait contenir une plus grande quantité d'urée. Cette expérience avait été faite par Frerichs et Yœhler, et les avait conduits à constater qu'après Tadministration des urates il y a plus d'urée dans l'urine, d'où ils avaient conclu à la formation de l'urée aux dépens de l'acide urique. M. Gallois, dans ses ACIDE URÎQUE KT URÉE. 57 expériences, n'est pas arrivé aux mêmes résultats; croyant observer dans les conditions où s'étaient placés les physiologistes allemands , il n'a pas trouvé qu'après l'ingestion d'uratesla quantité d'urée eût augmené dans l'urine. Un lapin du poids de 1700 grammes offrait norma- lement 1^'",873 d'urée dans ses urines de vingt-quatre heures. Après l'ingestion de 7 grammes d'urate de po- tasse, on ne trouva dans les urines de vingt-quatre heures que l^"", 817 d'urée. La différence est sensiblement nulle. Dans une autre expérience , M. Gallois trouva une différence plus grande, mais toujours dans le même sens. Il l'attribue à ce qu'après l'administration de l'urate de potasse les animaux sont quelquefois malades et ren- dent une quantité moindre d'urine, qui dans ce cas est plus concentrée. Là peut-être se trouve la cause de la divero;ence des conclusions. Si l'on dosait l'urée dans des quantités d'urine comparatives, si l'on en cherchait la proportion dans un poids donné d'urine, on arriverait à trouver plus d'urée après l'ingestion de r urate qu'avant. Il faut donc prendre l'urine de vingt-([uatre heures, et, sans tenir compte de la proportion, doser la quantité ab- solue d'urée qu'elle renferme. C'est en se plaçant dans ces conditions, plus satisfaisantes au point de vue phy- siologique, qu'on trouve que l'ingestion des urates n'augmente pas la quantité d'urée excrétée dans l'urine. Ce premier résultat ne paraît pas en harmonie avec la théorie de la transformation de l'acide urique en urée; et s'il y a des raisons chimiques de penser que la transformation a lieu , l'expérience directe montre qu'en 58 URINE. vertu de raisons d'un autre ordre elle peut fort i3iei! ne pas s'effectuer. Une seconde expérience critique, soulevée par la théorie de Vœhler et Frerichs, consiste à vérifier direc- mentsi l'acide urique peut déterminer dans l'urine la présence de l'acide oxalique. Cette expérience a été faite en introduisant l'acide urique dans l'intestin et dans le sang; elle n'a donné aucun résultat satisfaisant. Un urate soluble a pu être ingéré dans l'estomac et ingéré dans les veines sans qu'il y ait eu apparition d'acide oxalique dans l'urine. Et cependant, dans une observa- tion faite sur lui-même, M. Gallois a vu l'ingestion d'un urate soluble suivie de Fapparition d'acide oxalique dans l'urine. Nous sommes donc encore en présence de résultats vagues, de questions difficiles à résoudre. Si l'acide urique peut, dans l'organisme, donner nais- sance à de l'acide oxalique, il est possible que ce ne soit pas dans l'état de santé, mais seulement dans des con- ditions morbides qu'on ne peut que conjecturer, et qui seraient encore complètement indéterminées. Jusqu'à ce jour, les expériences directes, sans infir- mer précisément les vues théoriques, sont loin de les confirmer: c'est une question àreprendre complètement. Nous voyons qu'en résumé l'acide urique est un pro- duit normal de l'urine ; qu'il est éliminé par le rein , qu'il peut, dans des conditions pathologiques, s'accumu- ler dans le sang, soit par suite d'un arrêt dans les fonc- tions du rein qui fasse cesser son élimination, soit par suite d'une exagération de sa production dont on a des exemples, dans la goutte notamment. ACIDE URIQUE, ACIDE HIPPURIQUE. 59 Relativement à cette accumulation de l'acide urique, une théorie lie sa formation à celle de l'acide oxalique; mais vous avez vu les idées qui ont été émises à ce sujet, les expériences instituées pour les juger, et rien de dé- cisif ne saurait encore ressortir de cet examen. D'autres substances existent dans l'urine, qui doivent encore nous arrêter. L'acide hippurique a été signalé dans les urines des herbivores. On ne peut, relativement à son origine, faire dériver l'acide hippurique de l'acide urique, et les rattacher tous deux à l'accomplissement d'une même réaction de la chimie vivante. Nous avons vu l'urée et l'acide urique prendre normalement naissance dans le sang; il n'est pas démontré qu'il en soit de même pour l'acide hippu- rique. On en a trouvé dans le sang, mais sans savoir s'il provenait de l'alimentation. Pour élucider ce point, il faudrait enlever les reins à des animaux, les laisser à jeun, et voir si l'acide hippurique s'accumule dans le sang. Or il n'est pas même nécessaire d'enlever les reins pour faire cette épreuve. M. Leconte, faisant des ana- lyses d'urines de chevaux à jeun, a vu que, sous l'in- fluence de l'abstinence, elles cessent de contenir de l'acide hippurique. Il est remarquable que chez le cheval, dont les urines contiennent normalement l'acide hippu- rique et pas d'acide urique, l'état d'abstinence fait dispa- raître l'acide hippurique et apparaître l'acide urique. Ce changement est sans doute le résultat de l'alimen- tation Carnivore que constitue l'état d'abstinence. 60 URINE. Quelle est donc l'origine de l'acide hippurique? — C'est une question qui est difficile à résoudre. Lehmann le fait provenir de l'alimentation, et le regarde comme le résultat de la métamorphose de certains principes. L'ingestion de l'acide benzoïque fait apparaître l'acide hippurique dans l'urine; il se pourrait que, dans les substances herbacées, certains principes existassent con- tenant de l'acide benzoïque et capables de se changer en acide hippurique. Il est cependant des circonstances dans lesquelles l'acide hippurique paraît se former indépendamment de l'alimentation. Lehmann en a trouvé dans des urines de diabétiques et de fébricitants qui étaient à l'abstinence. Il y a là un fait intéressant qui doit faire suspendre les conclusions qu'on pourrait être tenté de tirer de sa présence habituelle dans les urines des herbivores. Il est constant cependant qu'il disparaît chez les herbivores quand on cesse de leur donner des aliments, et qu'il ne paraît pas s'accumuler dens le sang. Si sa présence, dans les urines des diabé- tiques, peut s'expliquer par leur voracité, comment l'expliquer chez les fébricitants? On voit que les résul- tats sont contradictoires lorsqu'on tente de les rattacher à des conditions connues; il y a là encore matière à de nouvelles recherches. L'acide hippurique paraît, en somme, lié plus que l'urée et l'acide urique aux condi- tions de l'alimentation; aussi n"a-t-il pas la même valeur comme principe caractéristiipie de l'urine. D'autres substances se trouvent dans l'urine, non plus toujours comme l'urée, mais quelquefois seulement et bien moins fréquemment que les acides urique ou URÉE ; EXPÉRlENCliS. 61 même hippurique. Je ne parle pas des carbonates et des phosphates qui existent partout, et ne sauraient par conséquent rien caractériser. Voici qnelques expériences relatives à l'urée et à di- vers caractères de l'urine. Exp. (15 septembre 1847.)— Ayant vu dans des expé- riences précédentes que la quantité d'urée était en rap- port avec l'activité de la circnlation lymphatique, j'avais étécf)nduità penser que l'urée était versée dans le sang par la lymphe ; et c'est dans ce but qne je tâchai d'éta- blir des fistules sur le canal thoracique, afin de voir si on trouverait de l'urée dans la lymphe, et si, en détour- nant ce hquide, on trouverait la même quantité d'urée dans l'urine. Procédé. — Sur un chien vivant, vigoureux et en digestion, pour établir cette fistule : 1° On mit àdécouvert la veine jugulaire externe dans la partie inférieure du cou, en liant soigneusement les branches collatérales. 2° Mettant à découvert le tronc veineux brachio- céphalique gauche, en coupant les insertions d'une partie des muscles grand pectoral et sterno-mastoïdien, on vit que le sang contenu dans cette veine était blanchi par le chyle qui y était versé par le canal thoracique, dont on pouvait voir l'abouchement. 3° On ha le tronc brachio-céphalique immédiatement en dedans de l'abouchement de la veine jugulaire, puis la veine axillaire, un peu en dehors de la bifurcation, pour ne pas comprendre l'abouchement du canal thoracique. h" Ensuite on lia la veine jugulaire externe assez 62 URÉE. haut dans le cou ; et avec un crochet tranchant on dé- truisit les valvules qu'elle présente dans cette partie. 5° L'abouchement du canal thoracique étant ainsi cerné par toutes ces hgatures, le chyle ne pouvait plus s'écouler, et il remontait dans la veine jugulaire externe, qui avait été coupée, et dont le bout périphérique avait été lié, tandis que le bout central était muni d'un tube par lequel s'écoulait le chyle. Bientôt le chyle se coagula dans la sonde. Alofs on enleva la sonde et on laissa le chyle s'écouler par le bout pendant de la veine. Mais bientôt le chyle s'est encore coagulé dans la veine. Cette coagulation avait été probablement favorisée par la rupture des valvules; car on fit bientôt une incision à la veine sous-clavière, et le chyle coula beaucoup mieux. On observa, pendant cette opération, un phénomène singulier. Au moment où l'on découvrit l'abouchement du canal thoracique, ce conduit contenait un chyle blanc, très laiteux, et le sang de la veine axillaire en apparaissait blanchi à travers les parois de la veine. Quelques instants après, lorsque la ligature des veines fut faite, et sans doute par suite des souffrances causées par l'opération, on vit le chyle devenir transparent comme delà lymphe à peine opaline, et la couleur du sang cesser d'être blanchâtre. Cela tient probablement à l'arrêt de la digestion et de l'absorption chylifères, par suite de la douleur, ainsi que je l'ai souvent observé pour d'au- tres opérations, à la suite, par exemple, de l'ouverture du canal vertébral. EXl^ÉRIENCK. 63 Six jours après l'opération, le chien mourut des suites de celle-ci, sans qu'on ait pu retirer une quantité de lymphe suffisante pour l'examiner, parce que la plaie s'était enflammée dès le lendemain, et avait em- pêché de continuer l'observation. L'autopsie montra une pleurésie de tout le côté gauche de la poitrine et une ol;>litération par inflam- mation de la moitié supérieure du canal thoracique. Le canal thoracique contenait dans cette partie du sang- noir coagulé, qui peut-être avait reflué malgré les val- vules dont les orifices d'abouchement sont munis. Les urines de cet animal, recueillies dans la vessie, renfermaient très évidemment de la matière colorante, de la bile et peu d'urée. Chez les animaux misa l'abstinence, l'urée augmente d'abord dans l'urine; puis, vers la fin de l'inanition, lorsque l'animal devient malade, l'urée diminue. Ce fait est encore en rapport avec ce que nous avons dit de la lymphe, car on a observé que la circulation lympha- tique, qui est très active dans les premiers moments de l'abstinence, et montre des vaisseaux gorgés de liquides, finit par diminuer et laisser les vaisseaux lym- phatiques vides et à peine visibles. L'anatomie comparée vient encore à l'appui de cette proposition, car les oiseaux et les reptiles écailleux qui n'ont pas d'urée ont le système lymphatique excessivement peu développé. Exp. (28 novembre Î850.) — Un gros chien but 500 grammes de lait et d'eau, dans lesquels on avait fait •dissoudre 5 grammes de prussiate jaune de potasse. Deux heures après, on sacrifia l'animal par la section 6/i ÉLIMINATION PAR l'uRINE. du bulbe rachidien. On ne put constater la présence du prussiate de potasse ni dans le chyle, ni dans les vaisseaux chylifères, quoique l'urine contînt cette sub- stance et que les bassinets donnassent avec le sulfate acide de fer une coloration bleue. Exp. — A un petit chien, à jeun, on donna 1 00 gram- mes de lait, 2 granniies et demi de prussiate jaune de potasse. Deux heures après, on tua l'animal par la section du bulbe rachidien, et l'on constata une légère coloration bleue en humectant de sulfate acide de fer les chyli- fères du duodénum; mais cette réaction était très peu évidente. Cependant l'urine de ranim.al contenait beau- coup de prussiate, de même que les reins qui donnaient une coloration bleue avec le réactif ferrique. L'intestin contenait beaucoup de prussiate de potasse dans toute sa longueur. Sur un autre chien à peu près à jeun, on injecta dans l'estomac 20 grammes de prus- siate de potasse dissous dans 200 grammes de lait. Deux heures après, l'animal fut sacrifié par la section du bulbe rachidien ; on recueillit son chyle dans le canal thoracique, on y constata visiblement la présence du prussiate de potasse, ainsi que dans les vaisseaux chyh- fères de l'intestin. Eœp. — Sur un chien vigoureux et en digestion, on ingéra 10 grammes de prussiate de potasse dissous dans 200 grammes de lait. Une heure après, l'animal fut sacrifié par la section du bulbe rachidien et l'on recueillit le chyle du canal thoracique. On le recueillit successivement en trois por- • tiens, et l'on constata ce fait singulier que la premièic EXPERIENCES. 65 portion de chyle ne contenait pas de prussiate; que la seconde en contenait une faible quantité ; que la troi- sième en contenait une proportion très évidente. Ce qui semblerait indiquer que l'écoulement du chyle favorisait l'absorption intestinale. Pendant l'écoulement du chyle, la poitrine était ouverte, mais l'abdomen ne l'était pas. Eœp. (25 septembre 1 8'i.7.) — Deux lapins, très bien portants et sensiblement de même poids, ont été mis chacun dans un petit compartiment percé dans son plancher de manière que les urines pouvaient tomber dans des vases séparés. L'un des animaux fut mis à jeun et l'autre fut nourri avec des carottes à discrétion. On recueillit vingt-quatre heures après la totalité de l'urine rendue pendant ce temps. On la fit évaporer pour extraire l'urée, qu'on trouva beaucoup plus abon- dante, d'une manière absolue, dans l'animal mis à jeun que pour celui qui était nourri avec des carottes. L'urine de ce dernier lapin, abandonnée dans une assiette, offrait à sa surface une pellicule blanchâtre, constituée sans doute par du carbonate de chaux. Le second jour, l'animal a été nourri avec des choux, et on a encore recueilli les urines qu'il a rendues pen- dant vingt-quatre heures, puis on l'a laissé à l'absti- nence pendant les vingt-quatre heures suivantes, re- cueillant également les urines qu'il rendit pendant ce temps. Après cela, l'animal mis à la diète avait les oreilles froides et n'offrait plus que vingt-cinq respirations par minute, tandis qu'elles étaient beaucoup plus fréquentes pendant qu'il était en digestion. B. LlQlUD. DE L'oRGAN. — II, 5 66 URÉE. On analysa ensuite les deux urines du même lapin : celle provenant de l'alimentation par les choux, et celle provenant des vingt-tjuatre heures d'abstinence, et on constata que les urines de l'abstinence contenaient une proportion d'urée beaucoup plus grande que les autres. En sacrifiant les animaux, on trouve toujours que les vaisseaux lymphatiques sont beaucoup plus remplis chez les animaux à jeun que chez les animaux en digestion. La quantité d'urée, dans l'urine, a toujours paru en rapport avec cette activité plus grande de la circulation lymphatique. Magendie est le premier qui ait observé ce fait de l'augmentation du calibre des vaisseaux lym- phatiques pendant l'abstinence. D'après ces expériences, quoique la quantité d'urée n'ait pas été déterminée d'une manière absolue, on a pu, pour les urines de vingt-quatre heures, reconnaître la prédominance de cette substance chez l'animal à jeun. De sorte qu'il semble qu'un animal herbivore fait à peine de l'urée pendant la digestion, et que c'est surtout pendant l'abstinence, comme je l'avais démontré depuis longtemps, c'est-à-dire pendant que l'animal devient Carnivore, que l'urée prédomine. Chez les chiens à jeun, l'urée existe également en très grande proportion dans l'urine. Toutefois, cette proportion d'urée paraît être due à la nutrition, car chez les animaux malades, quoique à jeun, l'urée disparaît en grande partie, ainsi que le prouvent les expériences qui suivent : Eœp. (20 octobre 1847.) — Sur un chien à jeun, ayant eu quelques heures auparavant le canal vertébral EXPÉRIENCES. 67 ouvert pour constater les propriétés des racines rachi- diennes, j'ai constaté qu'il y avait un passage de la ma- tière colorante de la bile dans l'urine, car l'acide ni- trique donnait lieu à la succession de colorations bleue, verte et rouge, qui caractérise la bile. Cette urine éva- porée ne donna pas de nitrate d'urée. Cinq grammes de lymphe, pris dans le canal thoracique et évaporés, ne donnèrent pas non plus les caractères de l'urée. L'opération, chez cet animal, avait été très laborieuse et très longue, après quoi il avait été empoisonné par le curare. Est-ce à la souffrance causée par l'opération qu'il faut attribuer l'absence de l'urée ? Eocp. — Sur un autre chien adulte, auquel on avait également ouvert le canal vertébral, et qui, deux ou trois jours après, était mort des suites de l'opération, j'ai recueilli l'urine qui était contenue dans la vessie. On la fit évaporer, et on n'y a pas trouvé d'urée. L'ani- mal était cependant à jeun depuis l'opération, et se trouvait, sous ce rapport, dans les conditions où l'urine aurait dû contenir beaucoup d'urée. Mais il est probable que c'est à la maladie de l'animal qu'était due cette absence de l'urée. J'ai recueilli dans différents cas des urines dans la vessie de malades venant de succomber à des maladies diverses. Dans ces urines de l'agonie, je n'ai générale- ment pas trouvé d'urée ou seulement des traces de cette substance. Cela indiquerait que la formation de l'urée coïncide avec un travail de nutrition normale. Exp. (23 octobre 18/i7.) — Sur un cadavre encore chaud, appartenant à un homme de cinquante ans. mort de phthisie avec une longue agonie asphyxique, j'ai pratiqué le catliétérisme et obtenu environ 50 gram- mes d'urine opaline, assez épaisse, jaune orangée et très fortement acide au papier de tournesol. Je constatai dans cette urine à peine des traces d'urée, mais des proportions énormes d'acide urique. Traitées par le liquide cupro-potassique, ces urines réduisaient par une forte ébullition; mais cela tenait, ainsi qu'on s'en est assuré, non à la présence du sucre, mais à celle de l'acide urique. Exp. (19 octobre 18/i9). — Un jeune chien, auquel on avait enlevé la rate, mourut au bout de quatre jours dans une espèce d'allanguissement et avec une périto- nite particulière, analogue à celle que j'avais déjcà re- marquée dans certains cas d'abiation des plexus solaires. Il faut noter encore qu'avant l'ablation de la rate, on l'avait galvanisé pendant longtemps pour voir sa con- tractilité. Pendant les deux premiers jours, l'animal avait mangé un peu de viande et bu du lait. On recueillit l'urine; on la fit évaporer, et on y con- stata très nettement la présence de l'urée et de l'acide urique malgré l'ablation de la rate. Exp. (25 mars 1851 ). — On a enlevé la rate sur une chienne, qui guérit. Le 6 avril, l'animal étant parfaite- ment rétabli et mangeant de la viande, on recueillit de ses urines qui. évaporées, contenaient énormément il'urée et d'acide urique, dont on reconnaissait parfaite- ment les cristaux au microscope. Le 11 avril, on fit à l'animal une fistule pancréatique. EXPliRlENCES. 60 L'expérience, faite à ce point de vue, a été rapportée ailleurs (t. II, 1856). La matière colorante de la bile se rencontre, en gé- néral, très évidente chez les animaux à abstinence, ainsi que le prouvent les expériences suivantes : Exp. (l/i septembre 1847). — Un lapin fut mis à jeun. Le lendemain, l'urine de cet animal était acide, donnant par l'oxalate d'ammoniaque un précipité abon- dant de chaux, insoluble dans le chiorhvdraîe d'ammo- niaque. Deux jours après, les urines sont toujours très acides, renferment moins de chaux que la veille et contien- nent beaucoup d'urée. Le 18, on examine l'urine de l'animal, qui est claire, limpide, gluante, acide, et se prend en masse par le refroidissement, comme de la lymphe. En ajoutant un peu d'acide nitrique nitreux, il se produit la coloration bleue, verte et rouge, caractéristique de la bile, et le nitrate d'urée se prend en masse sans refroidisse- ment. Le 19, le lapin, sans paraître encore malade, pré- sente un pouls considérablement ralenti. Son poil est hérissé et ses oreilles froides. L'urine est claire, lim- pide; laissée quelque temps dans le verre, elle devient gluante et gélatineuse. Par l'agitation , on fait dispa- raître cette apparence gélatineuse, et l'urine devient comme huileuse. En ajoutant de l'acide nitrique nitreux, on obtient les colorations caractéristiques de la présence de la bile avec précipitation directe et en masse de nitrate d'urée. 70 URINE. Le 20, l'animal était mort, et l'on trouva à Tautopsie la vessie distendue par une grande quantité d'urine acide, mais contenant moins d'urée que précédemment, car l'addition pure et simple de l'acide azotique ne dé- termina pas de précipité; il fallut, pour en obtenir, faire concentrer l'urine. Chez cet animal, on examina la réaction de la surface interne du canal intestinal. L'estomac n'était pas vide ; il contenait encore une certaine quantité de matières herba- cées, avec lesquelles se détachait une espèce de couche épithéhale de la paroi stomacale, ainsi que cela a lieu particulièrement chez ces animaux à jeun. La réaction de l'estomacesttrèsacide.Dansle duodénum, il y aun liquide jaunâtre, grumeleux, à réaction manifestement alcaline. Le caecum contient une bouillie herbacée. Ayant fait bouillir ces substances pour mieux voir la réaction, on constata qu'elle étaitlégèrement alcaline. La bile qui rem- plissait la vésicule du fielétaitverte,offraitune consistance gélatineuse et une réaction très nettement acide. Lorsque la bile est concentrée, elle tache le papier comme un corps gras; mais lorsqu'on Tétend avec de l'eau, cela n'a plus lieu, et la réaction acide devient plus évidente. Le canal pancréatique, humide, présentait à son em- bouchure une réaction alcaline. Les organes splanchni- ques n'offraient rien de particulier. L'aorte était pleine d'un sang noir. D'autres substances très nombreuses se trouvent dans l'urine qui existent dans le sang habituellement ou pas- sagèrement. Leur présence dans l'urine est accidentelle; je n'insisterai que sur un petit nombre d'entre elles. Ces !SUCRE. 71 substances sont le sucre, l'albumine, les sels qui, dans des conditions données, peuvent apparaître en beaucoup plus grande quantité, les globules sanguins , la fibrine, la graisse, enfin le pus et l'épithélium qui appartiennent au rein et non au sang. Abordons l'étude de ces substances par celle du sucre , élément normal de l'économie, mais non de l'urine. Le sucre existe constamment dans le sang, où il se décomposerait incessamment en acide carbonique et en eau, qui sont expulsés par le poumon, l'urine, etc.; il ne peut donner naissance qu'à ces produits. Le sucre peut cependant passer dans l'urine. Par suite de quelles conditions ? On sait aujourd'hui que le sucre ne peut venir dans l'urine que par le sang; c'est là un fait parfaitement établi. Mais voyons comment il se fait que dans cer- taines circonstances le sucre passe dans l'urine, tandis que dans d'autres il n'y passe pas. Pour que le sucre passe dans l'urine, il faut qu'il soit en excès dans le sang ; et il y a excès toutes les fois qu'étant produit en quantité plus grande qu'il n'est détruit, il s'accumule dans ce liquide. Dans les conditions ordinaires, on ne trouve pas de sucre dans le sang des veines superficielles, mais il n'en est pas de même chez les diabétiques, et depuis long- temps déjà un chimiste anglais avait vu que chez eux on trouve du sucre en même temps dans le sang et dans l'urine. Lorsque ces faits ont été observés, on admet- tait que le sucre qui apparaît dans l'urine, bien ciu'ayant 72 URINE. passé par le sang, provenait de l'alimeiilation. On le considérait comme un prodnit venu de l'extérieur, admettant simplement qu'il n'était pas détruit et expli- quant ainsi son accumulation dans le sang et son pas- sage dans l'urine. Ces idées ne trouvèrent pas de contradicteurs, et cependant un fait avait été signalé qui aurait pu faire reconnaître qu'elles ne devaient pas être exactes. En I8/1.7, Garod avait vu que chez les diabétiques à jeun ou nourris de viande, il y a du sucre dans le sang. A l'époque où elle fut faite, cette observation n'avait frappé personne; et je ne m'y suis arrêté moi-môme que lorsque d'autres raisons m'eurent mis à même d'expliquer ce qu'elle pouvait avoir de singulier. Avant d'aller plus loin, je dois encore vous prévenir que cette objection à l'ancienne théorie du diabète est loin d'être unique; nous aurons occasion de signaler d'autres faits qui étaient incompatibles avec elle. Mais revenons au diabète et à son mécanisme. Le sucre ne peut passer du sang dans l'urine que de deux manières : ou par suite de son accumulation dans le sang où il n'est plus détruit, ou bien parce qu'il se forme en plus grande quantité. Les deux cas sont pos- sibles. Cependant, rien jusqu'ici ne prouve que la destruc- tion du sucre puisse être ralentie, tandis qu'une foule de circonstances nous montrent que la production peut être activée. On peut rendre un animal diabétique en lui injec- tant dans le sang une quantité de sucre plus ou moins SUCRE. 73 considérable, selon la taille elle poids de l'animal. C'est à ce procédé que j'avais recours lorsque, dans le but de localiser le diabète, je cherchais à voir par des injec- tions où se détruisait le sucre. Dans ces expériences, je vis que lorsqu'on en injectait une quantité suffisante, tout le sucre n'était pas détruit. Toutes les espèces de sucre ne sont d'ailleurs pas détruites dans le sang : le sucre de canne injecté dans le système vasculaire passe dans les urines à l'état de sucre de canne. Le sucre de raisin est détruit; mais il faut pour cela ne pas en gé- néral en injecter plus de 1 gramme chez un lapin du poids de 1 kilogramme. Le lapin rendu par injection de sucre diabétique n'est pas malade, et au bout de quelques heures le sucre commence à disparaître de son urine. Dans cette expérience, le sucre introduit dans les veines va dans le cœur, traverse le poumon et arrive dans les artères : le sang artériel rénal contient du sucre qu'élimine le rein. Le sucre contenu dans le sang de l'artère rénale est toujours éliminé, mais à une condi- tion, c'est qu'il s'y trouve en une certaine proportion. Nous avons vu que le rein élimine des traces très faibles de prussiate de potasse, tandis qu'il élimine moins faci- lement l'iode ; il y a donc là une aptitude toute parti- culière à se laisser traverser par certaines substances et non par d'autres. C'est ce que nous voyons pour le sucre : le rein est l'organe qui l'ébmine le plus facilement, mais encore faut-il que le sang en renferme une proportion notable. Lehmann, qui a étudié la question à ce point de vue, lll URWE. a reconnu que tant que le sang ne contient pas trois pour cent de son résidu sec en sucre, ce dernier n'est pas éliminé. Le sucre ne passe pas en général dans les sécrétions. On n'en a pu trouver ni dans la salive ni dans les larmes. Quand il existe en proportion très considérable, il peut seulement passer dans le suc gastrique. Mac Gregor, ayant fait vomir des diabétiques à jeun, avait vu que les matières de leur vomissement étaient sucrées. On observe chez les animaux auxquels on a injecté beaucoup du prussiate de potasse que cette substance passe dans le suc gastrique. Avant d'examiner les conditions qui font varier les proportions de sucre que renfermePorganisme, je veux vous montrer un exemple de son injection dans le sang et de son passage dans les urines. Voici un lapin dont l'urine trouble, alcaline, ne ren- ferme pas de sucre, comme il est facile de le vérifier en la faisant bouillir avec la liqueur cupro-potassique. Nous injectons dans la veine jugulaire de ce lapin quelques grammes d'une solution assez concentrée de sucre de fécule, et bientôt nous pourrons recueillir des urines qui commenceront à renfermer une proportion de sucre très appréciable. Maintenant, lorsque dans la maladie à laquelle on a donné le nom de diabète sucré, le sucre apparaît dans les urines, faut-il y expliquer sa présence par sa trop grande proportion dans le sang ou par une altération des reins? — Mes expériences et celles des autres ne permettent de rattacher le symptôme observé qu'à la SUCRE. 75 trop grande proportion de sucre contenu dans le sang. On n'a jamais observé d'état morbide du rein qui favo- risât le passage du sucre dans l'urine : au contraire. L'état du rein n'est donc pour rien dans le diabète ; la lésion la plus prochaine est dans le sang. Nous verrons qu'il n'en est pas de même pour l'albumine, dont le passage dans l'urine peut reconnaître les deux causes. Le passage du sucre dans l'urine est donc dû à son accumulation dans le sang. Comment a lieu cette accu- mulation ? Le sucre existe normalement dans le sang, où il est versé par le foie, et se répand ensuite partout en pro- portion variable , suivant des circonstances au premier rang desquelles il convient de ranger l'état de digestion ou d'abstinence. Les causes qui peuvent faire augmenter la quantité du sucre dans le sang sont multiples. L'absorption en est une : on peut rendre un animal diabétique en lui faisant absorber du sucre dans certaines conditions; en lui en ingérant, par exemple, dans les voies digestives après vingt-quatre ou trente-six heures d'abstinence. L'absorption est alors très active et introduit dans le sang une quantité de sucre qui, trop considérable pour être détruite, passe en partie dans les urines. On rend diabétique un lapin, lorsqu'après un jour d'abstinence on le laisse à même de manger une grande quantité de carottes. Dans ce cas, le sucre de canne qui, injecté dans les veines, reste à l'état de sucre de canne, est transformé en sucre de raisin par l'action des fermentations diges- 76 URINE. tives et passe en cet état clans les urines. La môme observation peut être faite sur Thomme qu'on rend passagèrement diabétique en donnant le matin à jeun une grande quantité de sirop ; au bout de quelques heures le sucre réapparaît dans les urines. En dehors de ces diverses conditions, le diabète est donc une accumulation de sucre dans le sang qui peut, à priori, s'expliquer de deux manières : 1" ou par augmentation a]3solue de la quantité de sucre ; 2° ou par défaut d'action des influences qui le détruisent, sa production restant la même. De ces deux causes, la première seule peut être au- jourd'hui affirmée. On a des exemples nombreux d'hy- persécrétion du sucre ayant produit le diabète, tandis que rien ne prouve que cet état morbide ait jamais été la conséquence d'une diminution d'activité des phéno- mènes respiratoires. Le diabète sucré est un état physiologique pendant une partie de la vie fœtale. Lorsque je l'observai dans dans ces conditions, je crus que la destruction du sucre était le résultat de la respiration, et que des entraves apportées au libre exercice de cette fonction pouvaient rendre un adulte diabétique. Mais je dus renoncer à cette opinion, reprise depuis par d'autres, en présence de faits qui la rendaient impossible. Ainsi le diabète existe chez le fœtus, mais non à toutes les époques de la vie intra-utérine. Chez les veaux , que j'ai surtout observés, le diabète existe jusqu'au sixième mois delà vie fœtale, mais il cesse en général du sixième mois à la naissance, bien que pendant cet intervalle la respiration SUCRH. 77 ne s'effectue pas plus que pendant la première période de la vie embryonnaire. On a pu, d'un autre côté, s'assurer directement que la destruction physiologique du sucre avait parfaitement lieu chez des animaux rendus artificiellement diabé- tiques par le procédé que j'avais autrefois indiqué, et qui consiste à leur piquer la moelle allongée. Pour cela on enfermait les animaux piqués dans des appareils dis- posés de telle façon qu'on pût mesurer l'oxygène absorbé et l'acide carbonique rendu. M. de Bœcker, qui a fait ces expériences, a vu que chez les animaux ainsi rendus diabétiques, la dépense d'oxygène et le rejet d'acide carbonique étaient aussi et même plus considérables que chez les mômes animaux observés dans les conditions normales. Toutes les tentatives faites dans le but d'établir expé- rimentalement la théorie du diabète par insuffisance de la respiration lui ont été contraires. Nous ne nous y arrêterons pas plus longtemps. Un seul cas doit maintenant nous occuper : c'est celui où le sucre est en excès dans le sang, où il figure pour trois pour cent au moins du résidu sec; alors il est éliminé par les reins. Cette présence du sucre dans le sang ne peut être expliquée que parce qu'il aura été introduit du dehors, ou par sa formation dans l'économie. Pour juger entre ces deux explications de la saturation sucrée du sang, nous aurons recours à l'expérience, nous adressant immédiatement au cas le plus simple, celui où des ma- tières sucrées n'ont pas été ingérées dans les voies di- 78 URINE. gestives. Le cas où le sucre apparaît dans les urines sans être venu du dehors est d'ailleurs ordinaire. Quelle que soit l'alimentation des diabétiques, leur urine est toujours sucrée quand la maladie est intense. Or, il est un organe qui verse constamment du sucre dans le sang : c'est le foie. Il peut y en verser tantôt plus, tantôt moins; les variations de cette sécrétion suf- fisent à tout expliquer. Le mécanisme de la glycosurie est , vous le voyez , très simple. Il n'en est plus de même des influences qui y donnent lieu; elles peuvent être très variées, comme cela a toujours lieu en pathologie. Essayant de remonter des causes les plus prochaines de cette affection à celles qui sont plus éloignées , nous devons maintenant nous demander quels sont les cas dans lesquels le sucre sort du foie en ([uantité plus considérable qu'à l'ordinaire. Expliquer ce qui se passe alors par une exagération de la fonction normale du foie, c'est rester dans des termes bien vagues, et il importe de préciser davantage et de rechercher le mécanisme de cette formation exagérée. Normalement, la production du sucre présente des oscillations constantes qui coïncident avec les oscillations observées chez les diabétiques. Ainsi on a vu des dia- bètes intermittents chez des malades dont les urines ne contenaient de sucre qu'à certains moments de la journée. Cette apparition du sucre dans les urines coïncidait avec les circonstances dans lesquelles, chez l'individu sain, la plus grande quantité de sucre est versée par le foie dans le sang. Le matin , à jeun, le SUCRE. 79 sang renferme le moins de sucre possible en santé , comme chez les diabétiques ; c'est à ce moment que l'on peut, chez des diabétiques, ne rencontrer de sucre ni dans le sang ni dans l'urine. Plus tard le sujet mange, la circulation abdominale est activée, il sort du foie plus de sang et plus de sucre ; dès lors un excès de sucre peut passer dans le sang artériel. Chez l'individu en santé, cela ne suffit pas encore pour que le sucre appa- raisse dans les urines, mais chez un sujet légèrement diabétique cette cause peut suffire pour produire de la glycosurie. On a cité beaucoup de malades qui étaient dans ce cas, et j'ai pu moi-même en observer. Cette intermittence s'observe au déclin de la maladie, chez les diabétiques qui guérissent, alors qu'au milieu de la maladie l'augmentation du sucre était telle que les urines en renfermaient toujours. L'état de digestion constitue donc une prédisposition passagère à la glyco- surie. Mais cette influence serait insuffisante s'il n'y avait dans les diabétiques exagération de quelques-uns des phénomènes delà digestion. Les influences qui amoin- drissent les actes digestifs peuvent amener une cessation temporaire des symptômes du diabète. Qu'une maladie fébrile, la variole, la rougeole, une pneumonie, vienne intercurremment frapper un diabétique, le sucre pourra disparaître de l'urine pour y réapparaître lorsque le malade reviendra à la santé. C'est donc là une affection chronique singulière en ce qu'elle exige pour se mani- fester une sorte d'intégrité fonctionnelle qui est d'ordi- naire l'apanage de la santé. 80 URINE. En même temps que les fonctions du foie, celles du rein sont actives : il y a de la polydipsie. Cette réunion de l'exagération fonctionnelle du foie, du rein, des organes digestifs, est la règle. Les actes qui la caracté- risent peuvent bien se montrer isolément, mais c'est rare; et il n'est pas commun d'observer, bien qu'on en ait des exemples, le diabète sans polydipsie et sans aug- mentation de l'appétit. Une expérience dont je vous ai souvent entretenus doit ici vous être rappelée, parce qu'elle est très propre à montrer l'influence que peut avoir le système nerveux sur le diabète. Souvent le diabète peut être l'expression d'un état de souffrance de certaines parties des centres nerveux. Vous savez que la piqûre du plancber du qua- trième ventricule produit un diabète temporaire. Com- ment cela peut-il se faire ? Il y a là intervention du système nerveux sympa- thique dont M. Jacubowitch a suivi les origines jusque dans la partie du centre nerveux que nous avons blessée dans nos expériences. Or, nous savons que la lésion du grand sympathique peut avoir pour effet d'activer la circulation dans certaines parties. Lorsqu'en piquant le plancher du quatrième ventricule, nous avons blessé les origines des nerfs qui vont au foie, nous produisons une augmentation notable du courant circulatoire qui traverse le foie: nous produisons aussi le même effet sur le rein ; presque toujours les deux résultats s'obtiennent en môme temps. Il nous est cependant arrivé quelquefois, en produisant des délabrements peu étendus, de déterminer isolément le diabète ou la poly- SUCRK. 81 dipsie, et de démontrer ainsi la possibilité, déjà re- connue par les pathologistes, de l'existence isolée ou concomitante de ces deux expressions morbides. Voici quelques expériences relatives au passage du sucre dans l'urine. Exp. (20 janvier I8/16). — A un gros lapin à jeun depuis plusieurs jours, on donna à manger des carottes à discrétion. Trois heures et demie après, les urines étaient devenues troubles, alcalines et jaunâtres, et elles contenaient très évidemment du sucre. Alors on coupâtes nerfs vagues chez cet animal. Une demi-heure après, les urines étaient devenues légèrement acides et ne contenaient plus de sucre; deux heures après, les urines étaient très nettement acides et ne con- tenaient point de sucre. Le lendemain l'animal était mort, et sa vessie conte- nait de l'urine très acide, non sucrée. Nous avons souvent constaté que la section des pneu- mogastriques chez un animal en digestion ayant les urines alcalines, les fait devenir acides, plus vite si l'animal était au début delà digestion. Gela a lieu parce que la section des nerfs vagues arrête la digestion et rend l'animal à jeun quoiqu'il ait l'estomac plein. Cela pourrait servir de preuve pour établir que la section des pneumogastriques arrête la digestion. Exp. — Chez un lapin nourri avec de la luzerne, on injecta sous la peau du dos 30 grammes d'eau tenant en dissolution 15 grammes de glycose. Les urines préalablement retirées de la vessie étaient alcalines, troubles et ne contenaient pas de sucre. p. LlQUlD. DE l'oRGAN. — II. 6 82 SUCRE DANS L'uRINE. Après un quart d'heure, l'urine était trouble, alcaline et ne contenait pas encore de sucre. Après vingt-cinq à trente minutes, l'urine présentait les mêmes caractères ; mais on y apercevait évidemment des traces de sucre. Après cinquante minutes, on examina de nouveau l'urine, qui était toujours trouble et alcaline, et qui con- tenait des quantités très considérables de sucre. Après deux heures et demie, l'urine présentait tou- jours une grande quantité de sucre; mais elle était de- venue claire et acide. Ce changement de réaction ne saurait être actuellement expliqué. Exp. (22 août i8/i8). — Sur un gros lapin, très vivace et très bien portant, nourri d'herbe et de pain, on injecta dans la veine jugulaire 1 décigramme de sucre de lait dissous dans? centimètres cubes d'eau. Le liquide était tiède et l'injection fut faite lentement ; il n'en résulta aucun accident manifeste. L'urine était trouble et alcaline, et ne réduisait pas d'une manière évidente le liquide cupro-potassique. Examinée une demi-heure et trois quarts d'heure après, l'urine ne réduisait pas sensiblement, de sorte que le sucre de lait ne parut pas éhminé. Le lendemain, sur le même lapin, toujours vivace et nourri de même, on fit par la même veine une injec- tion de 5 centigrammes dissous dans h centimètres cubes d'eau ordinaire tiède. L'injection fut faite lente- ment et sans accident ; seulement après, comme cela avait eu lieu déjà la veille, l'animal s'était retiré dans un coin où il est resté pendant quelque temps triste et les poils hérissés. Les urines troubles, blanchâtres et alca- EXPÉRIENCES. 83 lines, examinées deux heures et demie après, donnèrent par ébullition, avec le liquide cupro-potassique, une ré- duction faible, après qu'on eut transformé par un acide le sucre de canne en sucre de raisin. Le lendemain, 24 août, sur le même lapin, nourri de même, bien rétabli et vigoureux, on fit, toujours par la même veine, une injection de 5 grammes de sucre de diabète purifié, dissous dans 12 grammes d'eau tiède. L'injection fut faite sans accident ; seulement l'animal fut un peu triste après. Après une heure et demie, l'urine examinée contenait énormément de sucre. Trois heures après, elle n'en contenait plus; ce qui prouve que l'élimination s'était faite rapidement, et que probablement une grande quantité de sucre avait été détruite. 25 août : même lapin, vivace, toujours nourri de même. On injecta par la veine jugulaire, du côté opposé, o grammes de sucre de diabète dans 12 grammes d'eau ordinaire tiède. L'injection ne produit pas d'accident. Les urines, examinées une heure et demie après et trois heures après, étaient alcalines, un peu moins troubles qu'avant l'injection, mais ne contenaient point de sucre, ce qui prouve que les S grammes de sucre de diabète avaient été détruits dans le sang. Le 27 août, sur le même lapin bien portant et vivace, toujours nourri de même, on fit par la même veine jugulaire une injection de 1 gramme de sucre de fécule dissous dans 8 grammes d'eau ordinaire tiède. L'injec- tion fut faite lentement et sans aucun accident. Les 84 SUCRE DANS l'urine. urines examinées une demi-heure, une heure et demie et deux heures après, contenaient seulement des traces de sucre ; ce qui montrait que le sucre de fécule, injecté à la dose de 1 gramme, n'avait pas été tout à fait détruit. Le 29 août, on injecta de même un demi-gramme de sucre de fécule dans 6 grammes d'eau ordinaire. On trouva également, après Tinjection, que les urines con- tenaient du sucre, ce qui prouvait que, dans ce cas, un demi-gramme de sucre n'avait pas été complètement détruit. Le lapin pesait 1900 grammes. Malgré toutes ces injections, le lapin avait paru assez bien portant et mangeait bien. Mais cependant il prit alors l'air maladif, el le 2 septembre il ne mangeait plus. Les oreilles étaient froides, son poil hérissé ; on le sacrifia par la section du bulbe rachidien. A l'autopsie, on trouva des altérations singulières. Il présentait une néphrite purulente double ; de plus, une pleurésie. En effet, pendant les derniers jours, il avait pissé du pus. Cette néphrite paraît devoir être attribuée aux injec- tions répétées de sucre qui avaient été faites chez lui. Toutefois son foie et son sang contenaient du sucre. Exp. — Sur un lapiinualade, on injecta dans la jugu- laire 1 gramme de sucre de raisin en dissolution. Avant l'injection, T urine était trouble et acide. En y ajoutant de l'acide chlorhydrique, le trouble disparais- sait, mais il n'y avait pas effervescence. Trois quarts d'heure après l'injection, l'urine était toujours trouble, mais elle était devenue alcaline et contenait beaucoup de sucre. EXPÉRIENCES. 85 Eoop. — Chez ail chien, on prit du sang des veines sus- hépatiques; ce sang était sucré. Ou y fit passer un cou- rant d'acide carbonique pendant sept à huit heures , en maintenant le sang à une douce température. En trai- tant ensuite ce sang par le sulfate de soude comparati- vement avec une portion du même sang qui n'avait pas été traitée par l'acide carbonique, on trouva du sucre dans les deux sangs, de sorte que le passage de l'acide carbonique n'avait pas fait disparaître le sucre. On remarqua seulement cette particulaiité que la décoction du sang dans lequel avait passé le courant d'acide carbonique était opaline, tandis que l'autre était transparente. Une autre portion du même sang qui avait subi l'action de l'acide carbonique, fut soumise à un courant d'oxygène pendant trois heures. On constata après cela que le sucre n'avait pas encore disparu. On abandonna alors le sang à lui-même; et, le sur- lendemain, le sang qui était tout à fait noir et avait perdu la propriété de devenir rutilant, ne contenait plus de sucre. Dans d'autres expériences sur la destruction du sucre dans le sang, faites en dehors de l'animal, il a toujours semblé que le sucre disparaissait au moment où le sang devenait noir d'une manière définitive, c'est-à-dire en perdant la propriété de devenir rutilant à l'air. Voici comment les choses se passent : Quand on retire du sang chez un animal diabétique, le sang artériel et le sang veineux se coagulent, puis 86 URINES ET SUCRE. tous deux deviennent bientôt noirs dans leur caillot, excepté à la surface qui est en contact avec l'air et où il se forme une pellicule rouge. Le sérum s'est alors séparé du caillot. Vingt-quatre ou quarante-huit heures après , en abandonnant le sang à lui-même, il devient d'une teinte noire plus foncée et la pellicule rouge de la surface devient également noire. Alors le sang a perdu la pro- priété de redevenir rutilant à l'air; et, à ce moment, on constate habituellement que le sucre a complètement disparu. En mettant du chloroforme dans le sang sucré, cette substance a empêché le sucre de se détruire. Si le chloroforme empêche la fermentation, on pour- rait l'utiliser pour l'extraction à froid de la matière glycogène. Exp. — Sur un chien nourri pendant huit jours avec du suif de mouton frais, on trouva, l'animal étant en digestion, le canal thoracique rempli de chyle ainsi que les chylifères. Le sérum du sang était opalin. L'esto- mac et les intestins présentaient une réaction acide. Le foie et le sang contenaient du sucre. L'urine était acide et présentait à la surface des globules de graisse. Dans un autre cas d'alimentation avec de la graisse (saindoux), sur un chien, on trouva les urines alcalines, contenant du phosphate ammoniaco-magnésien. Autopsie d'un diabétique mort subitement. Le foie dépouillé exactement de ses gros vaisseaux et de la vésicule pesait 2250 grannnes. La rate dépouillée de ses vaisseaux pesait 1A5 granmies. Le rein gauche AUTOPSIE d'un diabétique. 87 dépouillé de ses vaisseaux pesait 250 grammes, le rein droit 2/|0 grammes. Le foie contenait beaucoup de sucre. Il y avait du sucre dans le sang, dans la sérosité du péricarde qui était acide, probablement par suite d'une fermentation lactique posi morteni. Le suc intestinal acide contenait du sucre, tandis que le liquide stomacal n'en contenait pas. La rate ne contenait pas de sucre. Sur un cholérique mort dans la réaction, le foie donna une décoction opaline qui contenait beaucoup de sucre. QUATRIEME LEÇON. 30 AVRIL 1858. SOMMAIRE : Des causes de l'hypersécrétion du sucre dans le foie. — Mécanisme de la formalion du sucre dans le foie. — Cette forma- tion se fait en deux temps. — État de la question de la glycogénic hépatique. Messieurs, Examinant avec vous à quelles conditions organiques devait être lié le passage du sucre dans les urines, nous avons vu qu'il était avant tout nécessaire que le sang en contînt un excès, que la quantité minimum de sucre contenu dans le sang d'un animal dont les reins n'en laissent pas passer est, d'après Lehmann , 3 dixièmes pour 100 du résidu sec du sang. Lorsque, partant de ce premier fait, nous avons cher- ché à expliquer par quel mécanisme pouvait se produire cette accumulation de sucre, nous nous sommes trouvé enprésence de deux opinions possibles : l'une faisant dé- pendre l'accumulation du sucre de sa non-destruction dans l'économie: l'autre la faisant dépendre d'une plus grande activité dans la production. C'est à cette der- nière opinion que nous avons dû nous rattacher. Restaient à déterminer les causes de cette hypersé- crétion du sucre et le mécanisme de leur action. Peut- être les causes sont-elles multiples. Quoi qu'il en soit, nous avons pu vous en signaler au moins une, et vous montrer la glycosurie apparaissant comme conséquence ACCUMULATION DU SUCRE DANS LE SANG. 89 d'une lésion du système nerveux. Depuis que mes re- cherches ont appelé l'attention sur la possibilité d'une action de cette nature pour produire le diabète , on a observé les malades au point de vue des phénomènes de l'innervation, et toujours on a pu reconnaître chez eux la coïncidence d'une lésion de cette nature. M. Rayer a observé un diabétique chez lequel apparaissait du sucre dans l'urine toutes les fois qu'il éprouvait une contrariété un peu vive. Quant au mécanisme prochain do l'hypersécrétion du sucre qui produit le diabète, vous savez maintenant qu'il consiste dans une accélération de la circulation du foie produite par le nerf sympathiriue (-ette accélération de la circulation du foie multiplie le contact entre le sérum du sang et la matière glycogène insoluble que sécrète le foie. De l'étendue plus grande de ce con- tact entre une matière susceptible de fermenter et le ferment qui la change en sucre, résulte une production plus considérable de cette dernière substance qui , soluble, est entraînée dans le torrent circulatoire. Je veux aujourd'hui vous rendre témoins de la série des faits les plus propres à fixer dans votre esprit les notions expérimentales sur lesquelles repose la théorie du dia- bète, que je vous ai développée dans nos dernières réu- nions. Voici un lapin que nous sacrifions par la section du bulbe. Immédiatement après, nous lui ouvrons l'abdo- men pour arriver sur le foie, que nous allons débar- rasser par un lavage du sucre qu'il contient (Voyez lig. 1 , p. 106). Un tube est engagé dans la veine porte 90 FORMATION DU SUCRE DANS l' ORGANISME. qui la met en coinmiinicalion avec un irrigateur de 500 grammes environ de capacité. Un autre tube en- gagé dans l'une des veines sus-hépatiques nous per- mettra de recueillir d'abord le sang que l'irrigation chas- sera du foie, puis la dernière eau de lavage qui aura traversé cet organe. Les tubes sont fixés à la veine porte et à la veine sus-hépatique par des ligatures qui isolent dans le foie les voies circulatoires afférentes et efférentes. | Le lavage du foie terminé par le passage rapide d'un htre d'eau environ, cet organe ne contient plus de sucre , mais il renferme encore la matière glycogène dont la transformation est susceptible de donner du sucre. Si, au lieu d'eau, nous avions employé pour laver le foie un courant de sang difibriné chaud, nous aurions encore du sucre dans le foie et n'y trouverions plus la matière glycogène amyloïde dont la présence y sera tout à l'heure constatée. Nous faisons bouillir l'eau sanguinolente recueillie d'abord par les veines sus -hépatiques, puis l'eau qui en est sortie lorsque le lavage du foie s'est continué. Ces deux tubes renferment : le premier, la décoction de Feau sanguinolente qui a été recueillie d'abord ; le second renferme le produit de l'ébullition d'une certaine quantité d'eau recueillie toujours par la veine sus -hépatique vers la fin de l'opération du lavage. Déjà la transparence de ces liquides nous montre qu'ils ne renferment pas en suspension de matière gly- cogène ; le réactif cupro-potassique nous montrera que SON MÉCANISME. 91 le premier liquide de lavage du foie renferme beau- coup de sucre; que le second, provenant de la décoc- tion de la dernière eau de lavage n'en renferme plus; cette dernière eau ne renferme pas non plus d'albumine ni de matière colorante du sang. C'est en effet ce qui arrive maintenant que nous essayons la réaction : le premier liquide réduit très abondamment par le liquide cupro-potassique ; quant au troisième, il ne réduit pas. Si l'opération du lavage, qui a duré environ deux ou trois minutes, eût été moins prolongée, le dernier liquide recueilli eût peut-être encore réduit avec la solution cupro- potassique. Le lavage du foie l'a donc débarrassé du sucre qu'il contenait; vous allez voir maintenant qu'il y a laissé la matière glycogène destinée à se changer plus tard en sucre. Voici un morceau de ce foie lavé qu'on vient de faire bouillir avec de l'eau, après quoi on a recueilli le liquide dans lequel avait eu lieu lacoction. Ce liquide, vous le voyez, est fortement opalin. Cela tient à ce qu'il ren- ferme en suspension une quantité notable de matière glycogène que nous allons reconnaître à ses réactions, qui sont en quelque sorte intermédiaires entre celles de l'amidon et celles de ladextrine. Notre bquide traité par l'eau iodée donne une forte coloration d'un violet rougeàtre, qui disparaît lorsque nous chauffons le tube, pour reparaître ensuite lorsque nous le refroidissons. C'est là une réaction que donne l'amidon, à la coloration près, qui est un peu diffé- 92 FORMATION DU SUCRE DANS l'oRGANISME. rente ici. Quanta la dextrine pure, vous savez que l'iode ne la colore pas. Un autre caractère, commun cette fois à l'amidon et à la dextrine, est de ne pas réduire les sels de cuivre. Ce caractère nous allons le rechercher dans notre eau de décoction du foie lavé. Il n'y a pas, vous le voyez, de réduction sensible ; il aurait pu y avoir légère réduc- tion par suite de l'insuffisance du lavage du foie, si cette opération n'avait pas été faite complètement. Prenons maintenant dans un autre tube une cer- taine quantité de ce liquide opalin, qui ne réduit pas les sels de cuivre, et l'agitant avec de la salive tiède, nous le voyons s éclaircir ; et maintenant il donne avec la solution cupro-potassique une réduction très abon- dante. Le liquide s'est éclairci au contact de la salive parce que celle-ci a agi comme ferment, pour transformer en sucre soluble la matière glycogène qui n'était que sus- pendue dans le liquide. L'abondance de la réduction que nous venons d'obtenir est le résultat de cette trans- formation. La matière glycogène en suspension dans le liquide de décoction du fuie en est précipitée par l'alcool. Ici, sur ce filtre, nous en avons recueilli une certaine quantité, qui provient d'un animal sacrifié ce matin. C'est une substance blanche que la dessiccation ren- drait pulvérulente. Nous en desséchons une certaine quantité, nous la melons à de l'eau, puis la traitons par de la salive; elle devient claire et réduit abondam- ment le liquide bleu. Une autre portion de la même SON MÉCANISME. 93 solution opaline est portée à l'ébiillilion avec le réactif cupro-potassique, et elle ne donne aucune réduction. Ici la matière était exempte de sucre : l'alcool (jui a servi à la précipiter, en avait dissous et entraîné les dernières traces. Nous retrouvons donc dans notre précipité par l'alcool, les mêmes réactions que nous avait données la matière obtenue directement sous vos yeux. Puisque nous en sommes sur la matière glycogène et sur le mécanisme de la transformation en sucre, je vous signalerai quelques observations nouvelles faites sur la formation de cette matière dans le foie. Je dois résumer d'abord l'état de la question. Mes travaux sur le foie remontent à lS/i7. Une loi physiologique alors universellement acceptée voulait que le sucre fût une production exclusive du règne végétal. En 1848, l'expérimentation me mit en pré- sence de faits qui ne me permettaient pas de partager plus longtemps l'opinion reçue. Je fis connaître alors des expériences qui montraient qu'il se fait du sucre chez les animaux. Ces faits, en contradiction avec les idées régnantes, devaient soulever une opposition qui dure encore, malgré les nombreuses confirmations que des travaux ultérieurs sont venus apporter aux résultats de mes premières expériences. Il est un organe, le foie, qui est constamment chargé de sucre; le sucre qu'à l'état physiologique on rencontre dans le foie, est bien formé dans cet organe, puisque le sang qui y entre ne contient pas de sucre, tandis 94 FORMATION DU SUCRE DANS l' ORGANISME. que le sang qui en sort en contient une proportion notable. Il est bien entendu qu'en abordant cette étude, je m'étais placé en face du cas le plus simple, et que pour éviter d'embarrasser la question d'éléments étrangers à sa solution, j'opérais sur des animaux qui ne recevaient pas de sucre : sur des chiens exclusivement nourris de viande dépourvue de cette matière, on ne pouvait en fournir par aucun des procédés digestifs connus. Après avoir établi ces faits, j'ai cru pouvoir en con- clure que le sucre qui, n'existant pas avant le foie, se rencontrait au sortir de cet organe, s'était formé dans le foie. Y a-t-il eu quelque chose de changé à ces faits? — C'est ce que nous allons d'abord rechercher. Personne n'a jamais contesté la présence d'une quantité notable de sucre dans le foie à l'état normal. Les objections ont porté seulement sur la question de savoir s'il se forme dans le foie. On a prétendu que chez les animaux nourris de viande, il y avait du sucre dans le sang qui arrive au foie par la veine porte. Ce fut la première contradic- tion. Comme les suivantes, elle porte sur un fait. Or ce fait est d'une constatation facile : je vais vous le mon- trer ici. Nous allons, sur un chien vigoureux, en digestion de viande, examiner le sang qui entre dans le foie, le sang qui en sort, le tissu du foie lui-môme et voir que le sang qui à l'entrée du foie ne contient pas de sucre, en ren- ferme, au contraire, à sa sortie. SON MÉCANISME. 95 Nous avons saisi la veine porte de ce chien que nous venons de sacrifier devant vous par la section du bulbe rachidien, et nous allons en faire la ligature. C'est à dessein que nous sommes arrivé sur le vaisseau en ouvrant le moins possible l'abdomen , parce que le défaut de pression des parois abdominales ouvertes, pourrait causer un reflux du sang du foie dans la veine porte. Nous posons ensuite une seconde ligature sur la veine cave immédiatement au-dessous du foie et au-dessus de l'abouchement des veines rénales; puis une troisième immédiatement au-dessus de veines sus- hépatiques. Ces deux ligatures comprennent entre elles rabouchement des veines sus-hépatiques dans la veine cave. Il est nécessaire de faire la ligature de la veine porte avant d'ouvrir largement Tabdomen, afin de n'avoir pas un mélange du sang des divers troncs vasculaires. C'est pour éviter ce mélange par suite des mouvements aux- quels se livrerait l'animal, que nous avons eu la pré- caution de le sacrifier par la section du bulbe au moment de commencer l'opération. Nous ouvrons actuellement la veine porte qui est gorgée de sang; ce sang s'écoule par un tube de verre que nous avons introduit dans la veine ; nous en obtenons une assez grande quantité, car l'animal est fort. Cette saignée locale dégorge le système veineux intestinal, et les intestins perdent leur coloration foncée. Nous allons recueillir avec un tube semblable le sang des veines sus-hépatiques. Pour cela, nous coupons les côtes afin d'arriver sur la veine cave inférieure que nous Ô6 FORMATION DU SUCRE DANS l'oRGANISME. avions déjà liée immédiatement au-dessus du dia- phragme, après avoir fait une ouverture à ce plancher musculaire. Maintenant, nous dénouons cette ligature pour introduire le tube de verre jusqu'au niveau des veines sus-hépatiques, et alors nous faisons couler le sang en soulevant un peu le foie de manière que le tube soit placé dans une position plus déclive. P^xaminons maintenant ces deux sangs au point de vue du sucre. Nous prendrons ensuite un peu du foie, du poumon, de la rate, du tissu musculaire (tous les tissus pourraient être pris), et nous y rechercherons la présence du sucre que nous rencontrerons seulement dans le foie. On va préparer ces épreuves dont nous vous montrerons tout à l'heure les résultats. Toujours, opérant da7is les conditions 'physiologiques^ vous trouverez du sucre dans le foie ; vous en trouverez toujours au sortir du foie; vous n'en rencontrerez pas dans le sang qui arrive au foie. Voici, du reste, sous quelle forme s'est présentée l'objection : Sans doute le foie contient du sucre, a-t-on dit, mais qui prouve qu'il le fabrique, que ce sucre ne vient pas des végétaux? — Le sucre existe dans les végétaux, les herbivores l'y prennent, leur sang le contient et par conséquent leur chair; les carnivores mangent donc du sucre. Quoi d'étonnant dès lors qu'ils en contiennent? Est-il besoin pour cela qu'ils en fabriquent? Assurément, si le sucre arrive aux carnivores, de l'alimentation, ce n'est pas sous forme de sucre : la SON MÉCANISME. 97 viande cuite qiieiiosaniniaux mangeaient n'en contenait pas, et jamais on n'a pu, par aucun procédé, y dé- montrer la [)résence du sucre. C'est d'après cette liypotlièse que la viande contenait du sucre, qu'on avait été conduit à afïlrmer ({u'il y en a dans la veine porte. Vous voyez. Messieurs, le peu de fondement qu'avait cette objection, si toutefois on peut regarder comme une objection une affirmation aussi gratuite. Néanmoins, la question a été exam*inée avec le plus grand soin par les hommes les plus compétents et par une commission de l'Académie des sciences composée de MM. Pelouze, Dumas et Rayer. La commission de l'Institut cherchait simplement à s'éclairer sur la réalité du fait. Elle s'est assurée que le sang de la veine porte ne contient pas de sucre ; voici quelles sont ses con- clusions : « Votre commission se borne à établir, comme conséquence de son travail : 1° Que le sucre n'a pas été appréciable dans le sang de la veine porte d'un chien nourri de viande crue ; 2° Que la présence du sucre a été facile à constater, au contraire, dans le sang des veines sus-hépatiques recueilli dans le même moment sur le môme chien. » {Compte rendu des séances de l'Académie des sciences, t. XL, if^ù, 18 juin 1855). Quant aux résuUats qu'ont obtenus divers chimistes dans des analyses (juantitatives, j'en ai réuni ((uclques- uns dans le tableau suivant : 1). Ln.iLllU. DE l'oRCAN. — 11. 98 FORMATION DU SUCRE DANS L ORGANISME. QUANTITÉ DE SUCRE clans le sang ilaiis le saug lie la Jes veioe porte veines hcpat. (avant le foie), (après le foie). IjEHMAINiN . pour 100 pait.de rcsiiJn spc du sanj;. Cliiou à joiin pciulanl deux jours " 0,76Zi _ _ _ » 0,638 Chien nouni de viande » 0,804 _ _ _ » 0,799 __ _ _ » 0,9Zi6 SCHMIDT. Clùcn nourri de viande » ^'9'^ _ < » 0,99 Chien à jeun pendant deux jours » 0,51 POGGIALE. Poiu ino parlirs «le snng lifiin.l<'. Chien nourri de beurre el graisse » 0,lZiG _ de viande » 0,1Z|7 Chien après dix jours d'abstinence •> 0,013 LFXO?iTE. • Cliien nourri do viande cuite (dernier ropas deux lieures avant d'èire tué) » 0,177 Chien nourri de viande cuite (dernier repas deux heures trente minutes avant d'èlrc tué) »> 0,134 Gros chien, vigoureux, nourri de viande crue. » 0,445 Ces analyses ont éti^ faites assurément par fies hommes compétents en matière de chimie animale. Je ferai remarquer que M. le professeur Schmidt {de Dorpat) a professé des vues différentes. Il a dit en 1850 [Carakieristik cler epidemischen Choiera. p. 152 et suiv.) que le sucre est une production géné- rale de l'organisme due surtout à la transformation des matières graisseuses. Nous avons déjà rapporté les opinions de M. Schmidt dans le premier volume de nos Leçons de physiologie expérimenkdc (p. 1/i/i). C'est après avoir publié ces idées que, répétant les expé- riences dans les mêmes conditions que moi , que \ SON MliCANISME. 99 M. Scliniidt en a reconnu l'exactitude, et m'a commu- niqué les résultais que vous trouvez consignés dans le tableau qui précède. Voilà donc des observateurs qui , n'ayant aucune raison de partager mes vues et qui, ne cherchant que la vérité, se trouvaient dans les meilleures conditions d'impartialité. On a pu cependant dire qu'il y a du sucre dans le sang de la veine porte, on a pu même aller jusqu'à écrire que chez un animal nourri de viande crue et sacrifié deux heures après son repas, il y avait plus do sucre dans le sang de la veine porte que dans celui des veines sus-hépathiques; ce sont là de ces erreurs auxquelles la science n'a pas à s'arrêter. Le fait de la production du sucre dans le foie est donc établi de façon à ne plus laisser de doute dans l'esprit de personne. Voici préparées les expériences que je voulais vous montrer sur le sang du foie. Nous reconnaîtrons le sucre dans ces liquides recueillis au moyeu de la fermentation et du réactif cupro-potassique. Ce der- nier moyen ne doit pas être employé seul; c'est un caractère empirique qui n'offrirait pas seul les garan- ties désirables. Dans cetle capsule, nous avons une certaine quantité de sang recueilli dans les veines sus-hépatiques, après le foie, par conséipient. Nous l'avons préalablement coa- gulé en le jetant dans sou volume environ d'eau bouil- lante très légèrement acidulée par l'acide acétique. 100 FORMATION DU SUCRE DANS l'oRGANISME. Nous ajoutons mainlenanl au liquide obtenu par la filtration une certaine quantité du réactif cupro- potassique, et vous voyez que, par l'ébullition. il se pro- duit un précipité abondant d'oxyde rouge decuivre. Cet autre tube, dans lequel on avait mis la décoction d'une quantité plus considérable de sang de la veine porte, traité exactement delà même manière, ne donne aucune réduction. Nous verrons tout à l'heure les résultats de la fer- mentation, f Pour les règles à suivre, pour les précautions à ob- server dans ces essais, je ne saurais mieux faire que de vous renvoyer à ce qu'a écrit M. Lehmann sur les ana- ^ lyses du sang de la veine porte et des veines sus-hépa- " tiques. , Maintenant, Messieurs, que nous avons reconnu que * le foie est l'organe dans lequel le sucre prend naissance, « nous devons nous demander ce que devient ensuite ce ^ sucre. Le sucre qui a pris naissance dans le foie en sort par les veines sus-hépatiques, monte par la veine cave inférieure dans le cœur droit, passe de là dans le pou- mon, vient dans le cœur gauche et est lancé de là dans le système artériel. Ici, on m'a prêté une opinion qui n'est pas la mienne et que je n'ai jamais émise. Ou m'a fait dire que le sucre se détruisait dans le poumon : il y a eu là confusion. Je ne nie pas que du sucre se détruise dans 1(3 you- mon; je l'ignore et n'en ai pas [larh'. On m'a surtout prêté cette opinion d'une manière absolue, quand on a SON MÉCANISME. 101 voulu nie trouver en défaut, alors qu'on rencontrait du sucre dans le sang au delà du poumon. Souvent il arrive, quand par exenqole on expéri- mente sur un animal à jeun, alors qu'il sort moins de sucre du foie, que le sucre après s'être délayé dans le sang qui est rapporté au cœur par les veines caves, se trouve en si faible proportion dans une quantité donnée, qu'après le poumon on ne le rencontre plus. Cette ab- sence de sucre peut n'être pas absolue et tenir tant à la dilution extrême qu'à l'imperfection des réactifs dont la sensibilité a toujours une limite. Chez un animal à jeun, on n'en trouve généralement pas dans le sang du ventricule gauche d'une manière appi'éciable. Quand l'animal est en digestion, au con- traire, la quantité de sucre qui sort du foie augmente, et on peut en trouver dans le sang artériel ; mais on n'en rencontre plus dans le sang veineux. M. Lehmann, qui a publié en 1855 des analyses du sang dans les divers points du système circulatoire, a montré que la quantité de sucre que renferme le sang va en diminuant à mesure qu'on s'éloigne du foie. M. Lehmann a particulièrement insisté sur ce fait important que lorsqu'on veut examiner le sang d'un vaisseau, il faut, autant que possible, ne prendre que le sang que contient ce vaisseau, et n'y pas pratiquer une saignée assez abondante pour avoir du sang qui ait ré- tine des autres parties de l'organisme dans le vaisseau que l'on examine. Le sang circule dans le système sanguin sous une certaine pression qui a des rapports avec sa composition 102 SUCRE DANS l'organisme. chimique. En diminuant par la saignée la pression du sang, on augmente l'absorption interne ; les tissus aban- donnent plus facilement leurs liquides. C'est là un fait parfaitement démontré par l'analyse des différentes portions d'une forte saignée : on trouve que ces diffé- rentes portions contiennent les mêmes substances dans des rapports divers. Messieurs, ce qui a lieu pour tous les autres tissus a lieu pour le foie. Lorsque la pression diminue dans le système circulatoire, le foie s'y vide et le sucre va par- tout. Ne prenons donc pas, à la veine porte plus de sang qu'elle n'en contient : surtout n'en prenons pas assez pour produire un changement de pression qui modifie la composition du liquide. Si Ton a besoin de 300 granniies de sang pour les essais chimiques, au lieu de prendre ces 500 grammes à un seul chien, on les prendra sur trois chiens ou plus, en enlevant à chacun 100 grammes seulement , ou même moins. Voici les tubes dans lesquels nous avons mis fer- menter, avec de la levure de bière, du sang tiré de la veine porte et du sang tiré des veines sus-hépatiques. Vous voyez qu'aucune fermentation n'a eu lieu dans le sang de la veine porte; tandis que celui qui a été recueiUi des veines sus-hépatiques a donné lieu à un dégagement de gaz carbonique, qui continue avec assez d'activité. La réaction a été favorisée en plaçant des tubes dans un l)ain à liO degrés environ. On a seulement préparé, pour la comparer à la dé- coction du foie, une décoction de la rate. La décoction SUCRE DANS l'oRGANISME. '103 (le la rate est transparente ; celle du foie est opaline. Vous savez que cette opalinité est due à la présence d'une matière particulière, d'une sorte d'amidon animal qui, plus tard, se change en sucre. Je voulais seulement vous montrer que, tandis que le foie réduit complète- ment une forte proportion du liquide bleu, la décoction de la rate ne donne aucune réduction. Jusqu'ici nous avons examiné les faits dans le cas le plus simple, chez les animaux nourris de viande, alors qu'on ne peut pas même songer à faire venir du dehors le sucre dont la présence est constatée dans le foie de l'animal. 11 est donc bien établi par là que chez un animal nourri de viande, du sucre existe dans le foie; Que ce sucre, qu'on ne rencontre pas k l'entrée du foie, tandis qu'on en trouve à la sortie, s'est formé dans l'organe. Aucune objection provenant de la durée de l'alimen- tation ne peut intervenir ici relativement à la localisa- tion de cette production. Nous avons nourri des chiens pendant des années entières exclusivement avec de la viande, et leur foie était toujours aussi riche en matière sucrée que le foie d'animaux soumis à un régime mixte. Vous voyez donc, d'après ces seules expériences, qu'il reste parfaitement établi que chez les animaux placés dans ces conditions, qui sont les plus simples, le foie fabrique du sucre, et que les objections que nous avons examinées n'ont rien changé à ces résultats qui sont aujourd'hui hors de contestation. Récemment on a cru voir des objections à opposer 104 SUCRE DANS l'ORGANISME. dans nos conclusions dans certaines considérations tirées de l'alimentation mixte des animaux. Dt''jk ce que nous venons de dire vous fait prévoir que ces objections n'en sont pas. Cependant nous les examinerons en considé- rant la question glycogénique à une autre période, et étudiant ce qui est relatif à la présence dans le foie de la matière amylacée glycogénique. Examinons maintenant ce qui arrive lorsque les ani- maux trouvent soit du sucre, soit des substances amy- lacées dans leurs aliments : c'est le cas des herbivores et des carnivores. Ce qui est prouvé pour les carnivores l'est ici pour les herbivores ; il n'y a aucune différence dans le sens des fonctions. Tout au plus les conditions accessoires de ralimentation pourraient-elles avoir une inlluence sur l'intensité de (juelques phénomènes; et si la forma- tion glycogénique est une fonction démontrée chez les carnivores, elle ne saurait disparaître chez les herbivores. Avant de rechercher ce que peut être cette part d'in- fluence de l'alimentation, et de vous montrer que dans tous les cas le foie contimie à verser du sucre dans le sang, je dois vous rappeler que le sucre ne se produit pas dans le foie directement à l'état de sucre; (pi'il y esl précédé par une substance dont la production doit être étudiée avant de passer à l'examen de la fonction gly- cogéni([ue chez les herbivores. La première expérience qui m'avait mis sur la voie de la découverte du mécanisme de cette formation, est très singulière, fort simple, et donnant des résultais parfaitement tranch(''s. SUCRE DANS l'ORGANISME. 105 Dans des expériences où je faisais le dosage du sucre du foie, j'avais reconnu que la quantité du sucre variait suivant le moment où l'on examinait le foie ; que, con- stamment, quand le foie était examiné au moment delà mort de l'animal, il contenait moins de sucre que lors- qu'il était examiné le lendemain. J'ai pris, par exemple, deux parties égales en poids du tissu hépatique d'un chien qui venait d'être sacrifié. Une de ces parties était mise immédiatement pour être cuite avec une certaine quantité d'eau, et la décoction trouble donna, par la fermentation avec la levure de bière, une certaine quantité de gaz. Le lendemain, l'autre partie du foie, bouillie avec la même quantité d'eau, donna une décoction plus claire, qui, par la fermentation avec la levure de bière, fournit une quantité d'acide carbonique à peu près double de celle qu'avait donnée la première. Il semblait donc qu'il s'était formé du sucre dans^le_ foie depuis la mort de l'animal?" ' ' Hier nous avons sacrifié un chien jeune, en pleine digestion de viande. On a aussitôt enlevé son foie, et on l'a lavé jusqiiàce qu'il ne contînt plus de sucre (voir l'appareil fig. 1). Après le lavage, le jusdu foie avait une teinte opaline due à une certaine ([uantité de matière glycogène qu'il tenait en dissolution ou plutôt en suspension. Dans cette occasion, le lavage fut très rapide. On dut s'arrêter pour ne pas entraîner la matière glycogène tiui devait ultérieurement se changer en sucre. On voit donc que le temps que dure ce lavage n'est 106 SUCRE DANS l'oRGANISME. pasjiidifférent : il faut le faire cesser aussitôt que le suçre Qst enleyé^En le prolons^eant plusloiii^temps, on FIG. 1 (1). pourrait enlever une grande quantité ou même la tota- lité de la matière glycogène. Il n'y a rien d'étonnant ^que, dans ce cas, il ne se produise plus de sucre. ^ On a pris alore un^ certaine quantité de ce foie lavé qu'on a jeté tout de suite dans un peu d'eau bouillante (l) Lavage du /b«e. — A , irrigateiir dont le piston P est terminé à sa partie supérieure par une fourche sur laquelle passe une bande de caoutcliouc G, destinée à augmenter la pression sous laquelle l'eau s'écoulera par le tube llexiblc Rli' ; — H, U', robinets; — T, tube en- gagé dans la veine porte V; — F, foie de lapin; — E,E', eau do lavage s'ôcoulani par les veines sus-hépatiques. SUCRE DANS l'oRGANISME. 107 et on en a réserv*'' une (}iiantité ('gaie qu'on n'a pas fait cuire :1a voilà. Voici comparativement le foie ([ui a été cuit aussitôt après le lavage. "'°'''°*~' " Le liquide, obtenu par la décoction immédiate du foie lavé, ne contient pas de sucre ; il ne réduit pas le réactif cupro-potassique. On va lui ajouter de la le- vure de bière et essayer la fermentation qui ne donnera rien. L'autre quantité du liquide , qui est resté depuis hier au contact du foie cru, et qui, hier, au mo- ment du lavage , ne contenait pas de sucre, réduit aujourd'hui ai)ondamment le liquide bleu. Ce liquide s'est chargé de sucre et en même temps d'une matière albuminoïde, car il coagule abondamment par la cha- leur. On va le faire fermenter comparativement avec le liquide résultant de la coction du foie immédiatement après le lavage, et vous verrez que la fermentation s'y produira. i. Bien que j'aie très fort insisté sur la nature pure- ment chimique de ce phénomène, on Ta qualifié de sécrétion après la inort. Je vais vous en rappeler le méca- nisme, que j'ai déjà expliqué assez clairement pour que toute é([uivoque à ce sujet ne puisse être le résultat que de l'ignorance de mon travail ou d'une inintel- ligence volontaire des faits qui y sont exposés. Que s'est-il donc passi' dans ces deux liquides? Vous pouvez remarquer que le premier, celui qui pr6vîënr3ëlà~décoction immeïïiate du foie, le liquide qui n'est pas suci'é, est trouble et présente une teinte opaline, laiteuse, que n'offre pas le second qui, au con- 108 SUCRE DANS l'oRGANISME. traire, est sucré. 11 semble qu'il y ait un rapport entre la disparition de cette opalinité et l'apparition du sucre clans le liquide. "" L'opalinité du premier liquide est due à une sub- stance analogue à l'amidon, qui, sous l'influence des ferments organiques, se change en sucre. Si la trans- formation de cette substance ne s'est pas opérée dans la décoction du foie lavé, c'est que l'ébullition y a détruit le ferment. ""Dans cette macération transparente et sucrée, au contraire, la matière glycogène et le ferment sont restés en présence : la transformation de la matière en sucre a pu s'opérer. Voilà l'explication des faits qui se présentent ici à notre observation . Mais rien ne nous enq)êche maintenant de changer en sucre la matière qui rend opaline la décoction du foie que nous avons faite hier. Pour cela, il suffit de mettre cette matière en présence d'un ferment ([uï change l'amidon en sucre. Nous en prenons donc dans un tube et nous y ajoutons de la salive. Le liquide va devenir moins opaque d'abord ; puis tout à fait transparent, et il contiendra du sucre en grande quantité. Vous pouvez voir que la salive seule ne réduit pas le réactit bleu. La décoction du foie ne le réduit pas non plus. Le mélange que nous venons de faire de cette décoction avec de la salive est dc'-jà plus transparent. Nous le fai- sons l)ouillir avec le ri'actif cupro-potassique, et nous SUCRE DANS l'oRGÂNISME. 109 obtenons une réduction très abondante. La terinenta- tion se développe d'ailleurs dans ce mélange avec une grande facilité. Vous voyez. Messieurs, combien ces expériences sont simples, faciles à exécuter. Il suffit de les essayer pour en voir très nettement les résultats. Ce sont ces faits (pii m'ont amenc' à reconnaître qu'une matière amyloïde, dont j'ai signalé l'existence dans 1(5 foie, y préexiste au sucre. La sécrétion proprement dite, l'acte vital (et par acte vital nous comprenons tout acte cpii ne peut se produire en dehors de l'animal vivant), consiste dans la forma- tion de cette matière; mais la formation du sucre, ou jilutôt la transformation en sucrejle cette matière amyloïde , est un phénomène purement chimique, qui- se produit aussi bien en dehors de l'organisme que pendant la vie. Il n'y a donc pas, comme vous le voyez ici, moyen de se tromper. Iai matière opaline n'est pas sécrétée après la mort ; elle l'a été pendant la vie. Seulement, elle se change en sucre après la mort. Cette matière peut être extraite du foie à l'aide de l'alcool ou de l'acide acéti([ue cristallisable. Je n'ai pas à insister ici sur la préparation que j'ai donnée ailleurs. Je passe tout de suite aux caractères que la substance possède lors([u'elle a été obtenue telle ({ue vous la voyez ici. C'est une substance i[ui, lorsqu'elle est desséchée, n'a pas de goût déhn'ininé, qui colore en violet par l'iode, etc. 110 < SUCRE DANS LORGANISMt:. M. E. Pelouze, qui a analysé cette substance, lui a trouvé la composition élémentaire suivante : Carbone 39,10 Hydrogène 6,10 Oxygène 5/i,10 100,00 correspondant à la formule C^-H'^0'-. Cette formule est celle de Tamidon végétal, plus un équivalent d'eau ; car de l'amidon végétal traité de la même manière f{uc la matière glycogène, et analysé ensuite, a donné C"'H*^0". D'après l'ensemble de ses recherches chimiques sur cette substance, M. E. Pe- louze a été conduit à la ranger dans le groupe giyci([ue. Comme les substances de ce groupe, elle contient l'hy- drogène et l'oxygène dans les proportions de l'eau. M. E. Pelouze a, en outre, fait sur la matière glyco- gène du foie une expérience intéressante qui complète l'ensemble des analogies qui existait entre l'amidon animal et lamidon végétal. Il a, à l'aide de l'acide azotique concentré, transformé la matière glycogène du foie en xyloïdine offrant les mêmes caractères que celle qu'on obtient de l'amidon végétal. Comme cette dernière, la xyloïdine animale est très conibustil)le et détone avec flamme, quand on la chauffe ;i une tem- pérature de 180". Voici de cette xyloïdine faite avec la matière du foie. Nous en chauffons sur une lame de platine; vous voyez ladéflagr ation. Les animaux font donc du sucre comme les végétaux, par le procédé des végétaux^ en commeîiçanT^par SUCRE DANS l'oRGANISME. iîl ramidon, qui, sous rintluence des ferments, se change ensuite en sucre^,^ "" C'est là un fait de la plus haute importance au point de vue de la physiologie générale. 11 était nécessaire de le rappeler avant de passer à l'interprétation des faits que nous allons examiner. Revenons actuellement au cas d'un herbivore. Nous avons nourri des lapins exclusivement avec des carottes pendant très longtemps, et coustannnent chez ces animaux on trouve en abondance la matière gly- cogène dans le foie. La fonction hépatique qui consiste à produire la matière glycogène qui se transforme ultérieurement en sucre, existe donc chez les herbivores comme chez les carnivores; car, si le sucre formé par les carottes peut être invoqué pour rendre compte du sucre trouvé dans ranimai, il n'en est pas de même pour la matière gly- cogène du foie, qui n'existe pas dans l'aliment. Si de ce cas encore simple, d'un herbivore iioui'ri de sul»stances qui ne contiennent que du sucre, nous passons à l'animal nourri de graines, nous verrons que tout de suite le cas devient plus complexe, parce qu'alors l'alimentation peut fournir au sang non-seulement du sucre, mais encore une espèce d'amidon soluble ana- logue à la dextrine. C'est ce qui arrive chez les chevaux qui mangent habituellement de l'avoine, de l'orge, chez les pigeons, etc. Mais je veux vous montrer maintenant que ce fait est tout à fait accidentel et cesse de se pro- duire lorsqu'on abandonne l'alimentation capable de fournir cette substance à l'organisme. 112 SUCRE DANS l'oRGANISME. Lorsque chez ces animaux ou prend le sang ou les tissus musculaires, par exemple, et ([u'on les fait cuire, on trouve que la décoction de leur chair a la propriété de donner par l'iode une coloration qui semble indiquer dans ces tissus des traces d'une matière analogue à de la dextrine impure. Nous avons nourri des lapins avec de l'avoine et nous avons constaté que pendant cette alimentation leur chair musculaire donnait cette réaction , et qu'en la cessant cette réaction disparaissait. Chez les pigeons nourris de vesces, cette coloration est très marquée , et elle disparaît quand on change l'alimentation. Nous avons constaté que chez un pigeon mis à jeun pendant deux jours elle n'existait plus. Nous avons fait à ce sujet quelques expériences avec M. le professeur Bouley (d'Alfort). Ces expériences nous ont fourni des observations très concluantes cpie je vais vous rapporter. Sur un cheval nourri d'avoine et d'orge, en digestion, on a pris un morceau de muscle sans sacrifier l'animal. On a fait cuire ce muscle : la décoction refroidie don- nait la coloration par l'iode. L'animal ayant été mis à l'abstinence pendant plu- sieurs jours, la coloration par l'iode ne se retrouva plus dans la décoction refroidie d'un morceau de chair mus- culaire qu'on lui enleva alors. Puis on a donné de nouveau de la farine d'orge et de l'avoine à ce cheval , et la coloration par l'iode reparut dans un morceau de chair musculaire qui lui fut enlevé quelques heures après. SON MÉCANISME. 113 Or, Messieurs, je dois insister ici sur ce fait que la fonction glycogénique du foie n'a rien de commun avec ces accidents de l'alimentation. Elle constitue une fonc- tion constante, invariable , nécessaire, tandis que les phénomènes dont nous vous parlons sont soumis à toutes les éventualités de l'alimentation et à toutes les variétés qui s'observent dans les phénomènes accidentels de l'économie qu'il faut bien distinguer des fonctions con- stantes. Nous pourrions, à ce propos, montrer la nécessité de distinguer les caractères fixes fondamentaux, des carac- tères variables, accidentels, nécessité plus grande en phy- siologie qu'en toute autre science; invoquer à l'appui de notre manière de voir le témoignage des hommes les plus compétents. Sydenham , parlant il est vrai de la pathologie , disait que les médecins qui confondent les caractères essentiels fondamentaux d'une maladie avec les phénomènes intercurrents et accidentels, lui pa- raissent ressembler à un botaniste qui compterait au nombre des caractères d'une plante les morsures de chenilles qui déforment les feuilles. En physiologie, comme dans toute science d'obser- vation, il faut donc savoir séparer les phénomènes constants des phénomènes variables : cest là le but essentiel de la science. Relativement au sujet qui nous occupe, nous avons énoncé le fait physiologi([ue constant de la production du sucre dans l'organisation ; nous avons localisé cette fonction et déterminé son mécanisme. Quant aux phé- nomènes qui sont li(''s à ralimentation . nous venons B. LiQi'iD. xn: l'organ. — ii. y ■H/| FORMATION DU SUCRE DANS 1 ^ORGANISME. d'en exaniiinM' les conclitioiis variablf^s et de voir an'ils sont tout à faits indépeiutants de la fonctio:i elle^ même. Pour achever de fixer vos idées sur cette indépen- dance, nouiS ajouterons que non-seulement la fonction glycogénique du foie s'accomplit chez les animaux car- nivores alors qu'ils ne prennent aucune matière sucrée ni amylacée; mais encore, qu'elle peut disparaître chez un animal qui mange et absorbe de la dextrine et du sucre. C'est le cas des animaux malades, et parlicnliè- rement des chevaux, ainsi qu'il résuUe d'expériences que M. H. Bouley et moi avons faites à Alfort sur des chevaux. Chez des chevaux atteints d'affections qui déterminent de la fièvre , mais qui néanmoins mangeaient et digé- raient leurs aliments, en sacrifiant ces animaux on pou- vait trouver dans leur tissu musculaire, les caractères du sucre et de la dextrine al)sorbés, quoique le tissu du foie parût dépourvu de la matière glycogène spéciale à cet organe . Si nous voulions, insistant davantage sur les considé- j rations, établir une relation, indirecte il est vrai, entre ' ralimentation et la fonction glycogénique, il nous suffi- | rait d'indiquer que l'intensité de la fornuition glycogé- nique du foie est constamment en rapport avec l'in- j t^isité ÏÏes phénomènes de nutrition et non avec la nature de ralimentation. Voilà ce que nous avions à vous dire relativement à la matière glycogène du foie. Nous allons passer main- tenant à une autre série de remarques relatives à cette I S\ DIFFUSION. 115 préiendiu^ objection ronnuli'c en disant que le sncre se formerait pailout , qu'il existerait iion-senlenient o d'acide carl)oiiiqn6 qui représente le sucre existant pri- iiiitivenieut dans le foie à l'état de sucre. Dans le tube n" 2, où la ternientation de la matière glycogène avait été en partie elFectuée. mais non complètement achevée, car la licjueur était encore opaline, nous trouvons lO'^G d'acide carbonique résultant du sucre existant dansle foie au moment de la mort de l'animal, plus une quantité de sucre provenant île la transformation de la matière. Enlin dans le tube n° 1 où la fermentation a été empê- chée par la cuisson, nous avons eu 6", 9. Cedernier chitfre est, en réalité, trop fort, parce que la fermentation n'a pas été complètement empêchée; ce qui tient à deux causes. La première est que le ferment du foie, comme pres([ue tous les ferments, lorsqu'il a été cuit, reprend peu à peu ses propriétés, surtout lorsqu'il est maintenu pendant longtenqjs à une douce température. De sorte qu'ici il y a eu une partie de la matière glycogène qui a fermenté parce qu'on a laissé cette matière trop long- temps en contact avec la levure de bière. Lorsqu'on met un morceau de foie dans de l'eau et qu'on l'y broie, on voit que l'eau prend une apparence opaline, (pi'elle perd peu à peu sous l'influence d'une douce tenq)érature ; elle devient alors tout à fait trans- parente. Cette transparence provient de ce que la ma- tière glycogène se dissout sous l'influence du ferment du foie comme l'amidon sous l'influence de la diastase et se change en sucre qui ne donne plus l'aspect opalin à la liqueur. Lors même que le liquide de macération du foie est devenu transparent, on remarque, si l'on prend deux 124 FORMATION DU SUCRE DANS l'oRGANISME. portions de ce jus et que l'on fasse cuire l'une des deux, tandis qu'on laisse l'autre dans son état primitif, qu'on y ajoute ensuite une même quantité de levure de bière, on remaniue, dis-je, que la quantité d'acide carbonique est toujours plus grande pour la liqueur du foie cru que pour celle du foie cuit, ce qui tient sans doute à ce qu'il existe de la matière glycogène à Fétat de dextrine dont la transformation s"est trouvée arrêtée par la chaleur qui a coagulé le ferment. Il y a encore une remarque à faire relativement à la fermentation du jus du foie obtenu dans ces circon- stances. La fermentation a lieu aussitôt que la levure de bière est mise en contact avec le liquide, ce qui n'a pas lieu pour le sucre de canne, et même pour le sucre de raisin pour lesquels il se passe toujours un certain temps avant lé commencement de la fermentation. Cela prouve que le sucre du foie est plus facilement fermentescible que les autres. Lorsqu'on prend une infusion à froid ou même une décoction de foie, et qu'on y ajoute de la levure dei3ière, on voit la fermentation se produire en quelque sorte en plusieurs temps. Il y a d'abord une fermentation immé- diate qui s'arrête pour recommencer plus tard. Cela tient à ce que la première fermentation a lieu aux dé- pens du sucre existant d'abord, tandis que la seconde opère sur le sucre formé de la matière glycogène sous l'influence, soit du ferment hépatique, soit de la le- vure de bière. Le ferment du foie peut se préparer facilement avec les macérations du foie : on laisse abaudonnée à elle- SON MÉCANISME. 125 même la décoction opaline du foie jusqu'à ce qu'elle soit complètement transparente, c'est-à-dire jusqu'à ce que toute la matière glycogène soit transformée en su- cre; on verse alors de l'alcool dans le liquide transpa- rent, et il se précipite une matière albuminoïde qui se redissent ensuite dans l'eau, et qui est le ferment hépa- tique, analogue à la diastase, et qui transforme très rapi- dement la matière glycogèneen sucre. Si l'on n'avait pas attendu que la matière glycogène fût complètement transf(^rmée en sucre, elle aurait été précipitée avec le ferment qui n'aurait pas pu être isolé de la matière, et qui l'aurait fait fermenter dès qu'on aurait remis le précipité dans de l'eau. La matière gly- cogène diminue et même disparaît chez les animaux restés pendant longtemps à l'abstinence. Il m'a semblé qu'il en était de^mêmejluj'erment du foie, et que dans Iml'oie d'animal à jeun, comme dans un foie d'animal nlalade, on ne retrouvait plus dans la macération du loîejk matière ferment ifère. Cela serait-il en rapport avëc'cette opinioir^éjà émise que le ferment du foie vient du pancréas? Les acides agissent sur la matière glycogène comme sur l'amidon pour la transformer en sucre. L'acide sul- furique, l'acide chlorhydrique et l'acide azotique agis- sent de même. Toutefois ce dernier acide semble agir quelquefois autrement sur la matière glycogène. La dé- coction opaline s'éclaircit très vite sans que l'on ait le caractère du sucre. Peut-être dans ce cas la matière peut-elle se déterminer en quelque produit autre que le sucre, tel que l'acide oxalique, par exemple. > y i"2G FORMATION DU SUCRE DANS l'oRGANISME, L'acide acétique cristallisable précipite la inaticro glycogène; mais en iiiêmetemps, il agit sur elle de telle façon qn'il la rend gommense et collante coninie de la dextrine, l'esprit de bois agit de la même manière. Enfin la matière glycogène du foie peut se changer en sucre en passant par l'état de dextrine. Pour cela on place de la matière glycogène en suspension dans de l'eau légèrement acidulée avec de l'acide sulfurique; puis on fait passer dans la solution un courant de va- peur d'eau. Peu à peu la li([ueur s'éclaircit et passe à l'état de dextrine; puis, plus tard, à l'état de sucre. La matière glycogène peut, comme nous l'avons déjà dit, sousTinfluence des mêmes réactifs, donner lieu à tous les produits de l'amidon végétal : 1° la matière glyco- gène elle-même, 2° la dextrine, 3" le sucre qu'on peut obtenir à cet état, [i° la combinaison du sucre avec le chlorure de sodium, ô^Talcool et l'acide carbonique. Dans ce parallèle des propriétés de l'amidon végétal et de l'amidon animal, nous avons cru faire la remar- que suivante : c'est que les ferments, tels queladiastase végétale ou les ferments animaux salivaires, pancréati- que, etc., ont une action plus intense et plus rapide sur l'amidon animal que sur l'amidon végétal; tandis que les acides, au contraire, exercent une action plus intense et beaucoup plus rapide sur Tamidon végétal que sur l'amidon animal. Pour doser le sucre du foie, on pourrait mettre un morceau de foie pesé dans une ('prouvette et laisser la fermentation s'accomplir pen- dant un temps sufïisant pour que toute la matière soit changée en sucre sous rinfluence du ferment du foie, SON MÉCANISME. 1"27 pt en alcool et en acide carbonique sous rinfluence de la levure de bière. Si l'on craignait que le tissu du foie pût se décom- poser, on pourrait le faire cuire préalablement et y ajouter ensuite un autre ferment, un morceau de pan- créas, par exemple, qui changerait très rapidement la matière glycogène en sucre. Mais j'ai observé, dans ces cas, que l'action du pancréas paraissait quelquefois arrê- ter la fermentation. Ceci me paraît actuellement d'au- tant plus inexplicable que le tissu du pancréas ou que le suc pancréatique, lorsqu'on les met dans un liquide sucré, y donnent naissance à de la levure de bière avec une rapidité plus grande que tout ailtre cor})s albumi- noïde. Le môme procédé de dosage pourrait être em- ployé pour les muscles de fœtus. Ex}).— Du sang de la veine porte fut recueilli sur une chienne par le procédé' ordinaire après avoir posé une ligature à son entrée dans le foie. Le sérum du sang examint' par le liquide cupro -potassique ne renfermait pas de sucre; on mit en contact avec ce sérum de l'eau d'euqîois d'amidon : cet amidon fut transformé en sucre avec une rapidité en apparence beaucoup plus grande qu'il ne l'est par le sérum des autres parties du système vascu taire. Exp. — Un chien à jeun d'aliments solides depuis huit jours, mais n'ayant pas été privé d'eau, a été sacritîépar hémori'hagie de l'artère carotide. Aussitôt après la coagu- lation du sang, on examina le sérum à l'aide On a noté que pendant les efforts d'aboiement que faisait l'animal, le diaphragme était relâché et re- poussé jusque vers la plaie par le poumon qui s'a- Daissait.fjjfj'i ji- On prit ensuite et on galvanisa un rameau du nerf pneumogastrique qui se rend dans le plexus solaire. On ne produisit pas de douleur ni rien d'apparent sur l'urine qui continua à couler avec son aspect sangui- nolent. Peut-être aurait-on produit quelque effet si l'on eût primitivement agi sur ce nerf avant de couper les 170 SÉCRÉTION URINÂIRE. rameaux du splauchuique qui s'anastomosent plus ou moins avec lui. Voici le procédé qui convient le mieux pour trouver le nerf splanchnique. Immédiatement au-dessous de la dernière fausse côte gauche, on trouve la capsule surrénale. Au-dessus de cette capsule passent transversalement une artère et une veine musculaires lombaires. Immédiatement au- dessus de cette artère se trouve le nerf grand splanch- nique qui la longe en formant une anse dont la con- cavité est en dedans. Exp. — On ouvrit le flanc gauche d'un chien au-des- sous de la dernière côte; on chercha l'uretère et l'on y mit un tube. On constata que l'urine ne coulait pas quoique l'artère et la veine rénale fussent parfaitement ronges. On isola alors le nerf grand splanchnique; on le lia et l'on galvanisa les deux bouts qui tous deux étaient sensibles. La galvanisation du bout inférieur parut accé- lérer la respiration. Cette galvanisation des bouts du nerf, pas plus que sa section , n'eut d'influence bien marquée sur la couleur du sang, et l'urine ne coula pas. Il faut ajouter que l'animal était déjà épuisé par d'autres expériences qu'il avait subies immédiatement avant. Eœp. Sur un lapin en digestion, on coupa le bulbe au-dessus de l'origine des pneumogastriques. Le lapin continuait à respirer. On ouvrit l'abdomen par le flanc gauche : les intes- EXPÉRIENCES. 171 tins étaient injectés de sang très rouge ; le rein était rouge ainsi que sa veine. On mit un tube dans l'uretère; l'urine ne coulait pas. On isola le nerf grand splanchnique; on le lia et on en galvanisa le bout inférieur. On ne vit pas d'effet bien manifeste. On isola ensuite le nerf pneumogastrique gauche autour du cardia ; on le lia et on le galvanisa. La gal- vanisation du bout inférieur détermina une turgescence de la veine rénale qui devint plus rouge sans cepen- dant être rutilante. (Dans l'intervalle la veine était de- venue noire.) En même temps l'uretère se gonflait; et en l'ouvrant on constata qu'il contenait de l'urine. La galvanisation du grand splanchnique avait déter- miné des contractions, surtout du gros intestin. Exp. Sur un lapin à jeun depuis deux jours, et dont les urinesétaientacides, on ouvrit l'abdomen parle flanc gauche et on introduisit rapidement un tube dans l'ure- tère. Le rein et la veine étaient rouges; mais l'urine ne coulait pas. On coupa le grand splanchnique gauche : aussitôt la veine rénale diminua de calibre et devint noire. Alors on isola le pneumogastrique gauche au-dessous du car- dia; on le lia et on le galvanisa. Aussitôt on vit la veine rénale se gonfler, rougir, et l'uretère était distendu par de l'urine. On cessa la galvanisation : la veine di- minua de volume et devint noire. On recommença à exciter le pneumogastrique : la veine rénale se t>;onfla et devint rousse. On ouvrit alors plus largement l'abdomen, et l'on 17'2 SÉCRl-TION URINAIRl'. examina lo rein droit : le rein et sa veine étaient mé- diocrement rouges. On galvanisa le pneumogastrique gauche : la veine rénale droite devint aussi plus rouge et se gonfla. On coupa alors le grand splanchnique droit, et l'on vit la veine rénale correspondante diminuer de volume et devenir noire. On galvanisa encore une fois le vague, et l'on vit de nouveau la veine rénale devenir plus rouge et turgide. n'(7(- !'»|ljni SEPTIEME LEÇON. 19 MAI 1858. SOMMAIRE: De la sueur. — llapport entre sa sécrtHion et celle de riiiine. — De la perspiraiion insensible, ses variations, ses rapports avec la perspiration pulmonaire. — Analyse de la sueur; sa compo- sition chimique. — La sueur contient-elle un principe toxique? — Mort des animaux dont la peau a é\é recouverte d'un vernis imper- méable à l'air. — Comparaison cliiiuique de la sueur et de l'urine. — La réaction de la sueur est varialj^ — Conditions physiologiques qui président à la sudation. — Expériences. Messieurs , Nous savons que les liquides organiques physiologi- ques considérés au point de ^ue du but qu'ils sont appelés à remplir ont été divisés en deux grandes classes. On a appelé liquides excrétés ceux dont la for- mation semble n'avoir pour but que leur rejet hors de l'économie, où les produits qu'ils renferment n'ont plus aucun rôle à remplir; et l'on a désigné sous le nom de liquides sécrétés ceux dont la production est liée à Taccomplissement de quelques fonctions, ceux, en un mot, qui ont un usage physiologique. Nous avons examiné déjà l'urine qui offre en quelque sorte le type le plus parfait des liquides excrétés; nous passerons aujourd'hui à l'étude de la sueur. La sueur a toujours été étudiée parallèlement avec l'urine ; de tout temps on a considéré ensemble et dans leurs rapports les fonctions du rein et celles de la peau. Leurs maladies semblent en rapport avec ces fonctions 17/l SUEUR. et sous la dépendance de leur influence réciproque. Ainsi on aurait noté la fréquence plus grande des ma- ladies des reins dans les pays froids, où les fonctions de la peau sont moins actives ; et celle des maladies cutanées dans les pays chauds, où l'élimination excrémentitielle se fait par la sueur avec une grande activité. Ces consi- dérations ne sont pas sans valeur, mais il ne faudrait pas leur attribuer une importance exagérée. Sans doute il y a là deux excrétions capables jusqu'à un certain point de se suppléer ; mais elles ne sont pas les seules voies ouvertes à l'élimination des liquides, et il faudrait tenir compte aussi de l'élimination qui se fait par les voies digestives dans le vomissement et dans la diarrhée qui ont pour effet, comme la transpiration abondante, de diminuer la quantité de l'urine. Examinons maintenant ce qu'on sait sur la sueur. C'est un liquide fourni par des organes appartenant à la peau, organes bien déterminés aujourd'hui. Toute- fois la sueur n'est pas le seul liquide éliminé par la peau, qui donne passage en même temps à la sueur et à ce qu'on a appelé la perspiration insensible, etc. La perspiration insensible est une simple élimination d'eau qui s'échappe à l'état de vapeur; elle est en rap- port avec la température du corps, ou plutôt, comme nous verrons tout à l'heure, avec la température de ses couches superficielles. La perspiration insensible est plus considérable l'été que l'hiver. Elle a été, de la part de plusieurs expérimentateurs, l'objet d'observations indirectes. Sanctorius, puis Seguin, ont cherché à dé- tei'miner par des pesées ce que le corps avait perdu en SUEUR. 175 vapeur d'eau, et ils ont mis cette perte sur le compte de l'évaporatioD par la peau. Seguin était arrivé ainsi à admettre que la peau laissait échapper 31 livres d'eau par vingt-quatre heures. Ce chiffre est une moyenne ; il ne saurait d'ailleurs être admis comme expression même approchée de ce qui a lieu dans la perspiration cutanée, parce que Seguin avait négligé de faire la part de l'évaporation par le poumon, qui est considérable. Admettant cependant le procédé de ces observations comme satisfaisant, il y aurait lieu d'examiner les va- riations que subissent ces phénomènes chez des animaux d'espèces ou même de classes différentes. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, Magendie avait déjà observé que les chiens n'offrent pas de sueur, et que chez eux cette excrétion paraît suppléée par une perspiration pulmonaire plus considérable. La perspiration cutanée, aqueuse, étant laissée de côté, occupons-nous de la sueur, produit bien défini, sécrété par les glandes sudoripares, glandes simples, en tube, par lesquelles la sueur vient se verser en goutte- lettes à la surface de la peau. Depuis longtemps l'examen chimique de la sueur a été fait ; mais il ne l'a été convenablement que depuis quelques années. En effet, l'analyse, pour être satisfai- sante, doit porter sur une assez grande quantité de ce liquide; et il est difïicde de l'obtenir. Thénard, à qui l'on doit une des premières analyses de la sueur, l'obtenait en tordant un gilet de tlanelie. Il est un moyen meilleur qui permet d'en obtenir assez et de Fobtenir pure : ce sont les bains de vapeur. 176 SLEUR. M. Favre, qui a publié le résultat de ses analyses de la sueur, a pu opérer sur des quantités plus considé- rables que celles dont disposaient les chimistes qui Font précédé, puisqu'il a pu en obtenir hO litres. Le sujet qui lui fournissait ce liquide était couché dans un grand plateau et soumis à Faction d'un bain de vapeur. Un autre procédé, employé par Funcke et Schottin, consiste à re- couvrir une partie limitée du corps d'une couche de caoutchouc; la transpiration devient alors considérable, et la sueur s'écoule par un robinet situé à la partie la plus déchve du manchon. On peut considérer la sueur obtenue ainsi comme pure. Les produits qui se rencontrent dans la sueur sont de deux ordres : des nîatières salines et des matières or- ganiques animales. Relativement à ces dernières, nous devons d'abord noter, qu'il n'a pas été rencontré de matière qui fût spéciale à la sueur comme nous en avons trouvé de spéciales aux produits des sécrétions proprement dites. Toutefois on a prétendu qu'une substance de nature spéciale pouvait exister dans la sueur, fondant cette as- sertion sur Fidée que la sueur était un poison violent, et qu'elle ne pouvait pas être retenue dans le corps sans danger. On a regardé, en effet, quelques affections comme la conséquence de l'intoxication par les produits organiques de la sueur non expulsés. On a aussi attribué le diabète .à l'acide de la sueur non éliminé. Ces opinions, invoquées pour expli([uer quelques faits observés, me paraissent difficilement admissibles, avec le sens qu'on leur a donné. SUEUR. 177 Chez les diabétiques, par exemple, il arrive souvent que la peau est sèche, surtout quand la maladie est intense; mais ce n'est pas un symptôme constant. On a dit que, dans ce cas, lesangétait acide et qu'il devait son acidité à l'acide de la sueur qui y restait non excrété ; ce sont là des idées purement théoriques sur lesquelles nous n'in- sisterons pas : si certains diabétiques ont la peau sèche, il en est d'autres, au contraire, qui suent abondamment. La sueur renferme-t-elle une substance toxique telle que son absorption devienne un danger? Posée dans ces termes et dégagée des développements que je vous ai indiqués tout à l'heure, la question mé- rite d'être examinée. Et d'abord il est possible que la sueur injectée dans les veines se comporte comme un poison, mais beaucoup de liquides organiques pour- raient être dans ce cas ; et leur action délétère nous pa- raît dépendre moins de leur nature que des conditions de leur injection. Je vousl'ai montré pour le sérum qui, pris sur un animal et réinjecté chez le même animal quelques heures après, peut le faire périr avec des symptômes très remaquables. Tous les liquides en voie de décom- position sont dans le même cas; et il est possible que les accidents provoqués par Vinjection de la sueur dans le sang soient dus à la rapidité avec laquelle elle s'al- tère. Cette expérience ne nous autorise donc pas à re- garder la sueur comme douée de propriétés délétères qui la rapprocheraient des venins. ïl est d'autres expériences qui montrent l'importance physiologique et la sécrétion de la sueur. Lorsqu'on la supprime en recouvrant la peau d'un B. LlQUlD. DE L'OnCAN. — II. 12 178 SUEUR. vernis résineux ou d'huile, on fait périr les animaux mammifères au bout d'un temps qui n'est pas très long. Chose singulière, ceux-ci semblent alors périr de froid; un refroidissement graduel les met de niveau avec la température auibiante; et ils meurent vers 20° ou 22% d'autant plus vite qu'il fait plus froid et que, par consé- quent, leur excès de température sur le milieu ambiant était plus considérable. Dans ces circonstances, on a expliqué la mort autre- ment que par la suppression de la sueur, la regardant plutôt comme la conséquence de la cessation de fonc- tion de la peau en tant qu'organe respirateur. 11 est con- stant que la peau respire, comme on a pu s'en assurer en recouvrant certaines parties du tégument externe de manchons renfermant des gaz dont la composition variait au bout d'un certain temps d'application . Le phé- nomène d'absorption de l'oxygène et de rejet de l'acide carbonique, qu'on a montré ainsi, existe égalem.ent pour d'autres tissus; il est, à l'intensité près, comparable dans la peau aux phénomènes respiratoires. On a donc pu dire que l'animal recouvert d'un vernis imperméable àVair mourait par défaut de respiration. Mais, Messieurs, je ne crois pas que cette vue soit exacte ; et voici pourquoi : Si on prend un cheval, qu'on enduise toute sa peau d'un vernis, il meurt ; mais qu'on laisse sans la vernir une place de quelques centimètres seulement, il ne mourra pas. Que l'ayant verni complètement, on enlève dans un petit espace le vernis, de manière à pratiquer une fenêtre, même petite, l'animal déjà malade re- SUEUR. 179 viendra et peu à peu les symptômes s'amélioreionl. (Test une expérience à refaire; il y a certainement là un curieux objet de recherches. Quoi qu'il en soit, je crois que cette observation ne permet pas de regarder la mort d'un animal verni comme résultant unique- ment d'une diminution d'étendue de la surface qui respire. Dans le cours de ces leçons, lorsque nous avons examiné les caractères sur lesquels on se base pour di- viser les liquides organiques en liquides sécrétés et liquides excrétés, je vous ai indiqué comme le caractère qui me paraissait le meilleur, celui qui se déduit des analogies ou des différences que présentent avec les élé- ments du sang les éléments des liquides fournis par 'les organes glandulaires. Nous avons désigné les liquides excrétés en disant que leurs principes existaient tout formés dans le sang, d'où ils étaient seulement séparés. La sueur, examinée à ce point de vue, nous offre de l'acide carbonique, de l'urée et des sels minéraux qui viennent évidemment du sans:. Je vous ai dit, à propos de l'urine, que l'urée avait été considérée pendant longtemps comme un produit appartenant exclusivement au rein. On a vu plus tard qu'elle se fait partout, et que le rein n'est pas la seule voie par laquelle elle est éliminée. Après l'ablation des reins, l'urée est éliminée par le canal intestinal. La peau supplée aussi à l'action des reins pour éliminer l'urée; et l'on en rencontre dans la sueur, non plus acci- dentellement, mais normalement. Dans les premières analvses de la sueur on n'avait 180 SUEUR. pas Signale 1 urée ; ce qui tient f-ans aucun cloute a ce qu'on n'opérait pas dans des conditions convenables et à ce que l'urée se détruit avec une facilité telle que, quelle que fût la délicatesse du procédé chimique, on devait obtenir des résultats défectueux. Thenard et d'autres avaient rencontré dans la sueur des sels ammo- niacaux qui provenaient certainement de la décompo- sition de l'urée. Opérant dans de meilleures conditions et sur de grandes quantités, M. Favre a trouvé pour 1000 parties de sueur 0,428 d'urée, environ un demi- milième. C'est peu si l'on compare cette quantité à celle qu'on trouve dans l'urine; néanmoins elle est très ap- préciable, surtout lorsqu'on opère sur de grandes quan- tités de sueur, comme Ta fait M. Favre. Récemment Funke, recueillant la sueur à l'aide de manchons dont il coifÎJiit des membres en mouvement, a trouvé aussi de l'urée; il en a rencontré 0,038 pour 100. La sueur renferme donc de l'urée, produit excré- mentiticl existant dans le sang, excrété surtout par le rein. On rencontre dans la sueur d'autres produits qui lui sont spéciaux. M. Favre a. comme les autres observa- téùrs, trouvé les acides lactique et phosphorique; mais il y a rencontré de plus un acide particulier, azoté, au- quel il a donné le nom d'acide hydrotique ou sudorique. Cet acide, qui n'a pu être rencontré dans aucun autre li(piide animal, se rapproche de l'acide urique. L'acide lactique et l'acide hydrotique sont, dans la sueur, combinés à des bases : potasse et soude. On y SUEUR. 181 trouve de plus des chlorures, des sulfates, des phos- phates, substauces qui existent dans les liquides. Comparant les produits de la sueur à ceux de l'urine, M. Favre est arrivé à constater entre eux de grandes ressemblances; mais lorsqu'on cesse de s'attacher à leur nature pour ne plus tenir compte que de leur (]uan- tité, on trouve de très grandes différences. Examinant, comparativement à ce point de vue, 1/l litres de sueur et i/i litres d'urine recueillis en même temps et chez le même individu, M. Favre est arrivé aux résultats suivants :,,,,,,, '*r"'-^Sucur, U lilrfs, Uiiiie. 14 litre». Chlorures 3^gr,639 57gr,0i8 Sulfates, .-^jf.j-y., 0§r,160 2lg',709 l'hospliales traces 5s'-,381 Les sels minéraux sont donc éliminés par la sueur en proportion beaucoup moindre que par l'urine. M. Favre a noté, en revanche, que la proportion de soude et de potasse éliminée par la sueur à l'état de combinaison avec les acides organiques, dépasse beau- coup la proportion qual'ou.^ p^ojuijrait rencontrer, dans l'urine. Telles sont les données que la chimie nous fournit relativement à la sueur : ce doit être un liquide plus ou moins analogue à l'urine, et, comme elle, simplement excrété. Un nouveau point d'analogie entre la sueur et l'urine ressort de l'examen conqmré des réactions que présen- tent ces deux liquides. Vous savez que Berzelius avait ri proposé de baser la division des Hipiides en excrétés ou sécrétés, suivant qu'ils pi:é,senta.i,en.t une réaction acide 182 SUEUR. ou alcaline. Nous avons \u que ces caractères ne ré- pondaient pas à la division physiologique qu'avait en vue Berzelius, et nous avons proposé, attachant une autre signification aux caractères fournis par la réaction, de diviser les liquides sécrétés ou excrétés, selon qu'ils présentent une réaction fixe ou une réaction va- riable. Nous ne prétendons pas présenter cette distinc- tion comme une loi; elle est seulement plus exacte que celle formulée par Berzelius. Ce sera, même si l'on veut, un moyen mnémonique. Quoi qu'il en soit, la variabilité de réaction que l'urine nous a oiferte au plus haut degré se retrouve dans la sueur. La sueur est généralement acide chez l'homme et chez les carnivores; elle est ordinairement alcaline chez les herbivores. Je vous ai déjà signalé cependant la réaction alcaline de la sueur coïncidant avec une réaction acide des urines chez un cheval à jeun. A ce propos, j'ai dû vous signaler une cause d'erreur qui eût pu faire croire à l'alcalinité de la sueur : c'est l'imprégnation des poils du cheval par de l'ammoniaque dégagée dans l'écurie. M. Favre a constaté, sans en rechercher la cause, une variation de réaction de la sueur assez singulière : chez le sujet qu'il observait, la réaction variait avec les pé- riodes d'une même sudation. 11 a pu constater que sur 2 litres, par exemple, obtenus pendant une épreuve, le premier tiers recueilli est toujours acide, le second neutre ou alcalin, le troisième toujours alcalin. M. Fa- vre a noté, en outre, que la sueur perdait dès les pre- miers moments de la vaporisation sa réaction alors acide, SUEUR. 18S qui faisait eiisuit(3 place à une réaciiors fortement alca- line. Voiià un certain nombre de faits assurément très curieux à expliquer et qui devront être l'objet d'expé- riences intéressantes. Examinons maintenant quelles conditions physiolo- giques président à la sudation. La température paraît tenir le premier rang. Elle peut coïncider avec une augmentation d'activité de la circulation qui vient agir sur le phénomène par son influence physique. Les conditions qui dominent les sécrétions de la sueur sont celles qui se rattachent à la circulation. On ne peut admettre que la sécrétion se fasse sans qu'un changement soit survenu dans la circulation ; d'antre part, les modifications de la circu.lation sont intimement liées à l;i manière d'être du système ner- veux; on peut, en agissant sur un nerf, faire sécréter la sueur; on peut de même l'empêcher en agissant sur un nerf. Ce fait nous a apparu dans une expérience très sim- ple instituée dans un autre but. Chez les chevaux qui suent facilement, si l'on vient à couper d'un côté le sympathique dans le cou, la température de la tête s'élève, et bientôt le côté de la tête auquel se rend le nerf coupé se couvre d'une sueur abondante, en même temps que la température de hi peau a augmenté. Nous avons dans ces conditions constaté une augmentation de la pression avec l'élévation de la température, les phé- nomènes étant exactement limités à la région du nerf coupé. La sécrétion de la sueur est bien alors sous Fin- 18/i. SUEUR. fluence des nioclirications que nous lui assignons, puis- que la galvanisation du nerf coupé la fait cesser en même temps que les vaisseaux se rétrécissent et que la température baisse. Dans tous les cas, c'est sur la con- tractilité musculaire des vaisseaux que l'on agit par l'intermédiaire du système nerveux. ^ '^iDans ces expériences, j'ai pu faire une observation assez intéressante en ce qu'elle montre, chez des chevaux d'espèces différentes, une très grande différence de déli- catesse du système nerveux. Les chevaux bretons résis- tent mieux (pie les autres aux actions nerveuses qui provoquent la sudation ; ce n'est que longtemps après la section du sympathique qu'il est possible de voir appa- raître chez eux une transpiration faible, tandis que chez les chevaux anglais ou percherons, l'apparition de la sueur est prompte et abondante. Relativement à cette impressionnabilité, le système nerveux ne paraît dans aucune espèce différer autant suivant les races que chez les chevaux et chez les chiens. La section du nerf sympathique qui, chez le cheval, active la circulation et élève la température de la peau, ne - produit pas chez les chiens et chez les lapins la sudation de ces parties. Cela est en rapport certainement avec ■ l'organisation de la peau de ces animaux chez lesquels la sudation n'a pas été constatée. j-fjfi Voici les détails d'une ex})érience que nous avons ' faite autrefois sur la réaction comparée de l'urine et de la sueur. ^f^'^^*^''^ ^' hî^fnfWB-pA ti oanBits-qf '{pq ^^^^'^È&f.'^l'-lb août 18/16.) — Cheval vigoureux considéré ^ comme morveux, à jeun depuis onze jours d'aliments EXPÉRIENCES. 185 solides. On lui donnait tous les matins à boire à discré- tion, f^t rI kqiv î tib nol1ft?rrîRvfR'< in -•^ L'animal était très gras, très vif et méchant avant l'expérience. Après ces onze jours d'abstinence, il n'était pas très amaigri ; il était resté vigoureux et toujours très méchant. Ce cheval urina peu ; son urine était acide ; depuis cinq jours il n'avait pas rendu d'excréments. De- puis qu'il était soumis à l'abstinence, on le faisaitt pro- mener tous les jours. Hs,è')ki^i-iihh «4-)'i